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Découverte du salon. (ouvert à tous)

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De Makoto Nagasaki, humaniste Mer 18 Nov - 21:16
Comme à chaque fois tous les deux ans, la famille Nagasaki tenait un stand au salon du handicap, où elle présentait ses dernières nouveautés, notamment sur le plan de la robotique. Et, comme toujours, Makoto était tenu d'y contribuer. Bien sûr, cela avait provoqué une énième dispute entre son père et lui, toujours pour des raisons éthiques : monsieur Nagasaki avait envie que Makoto présentât son projet sous le nom de Nagasaki, même s'il ne savait pas trop ce qu'il préparait ; il ne doutait cependant pas que cela intéresserait les gros investisseurs et que l'on pourrait trouver de nouveaux financements pour les recherches familiales. Ce qui avait conduit Makoto à hésiter : devait-il montrer au monde entier son prototype de combinaison ? Il avait peur des répercussions que cela pouvait avoir sur le bon déroulement de son projet, et notamment sur les débouchés commerciaux. Après réflexion, il avait décidé qu'il présenterait bien son prototype, mais sur un stand séparé de celui de son père, histoire de marquer le coup, de montrer qu'il s'agissait de son rêve à lui, et non une nouvelle entreprise de la part des Nagasaki.
Mais bien sûr, quelqu'un comme lui ne pouvait que rêver de se balader dans les différentes allées du salon ? D'une part, le secteur robotique l'intéressait énormément, mais surtout par curiosité personnelle : c'est tout simplement un sujet qui le passionne et il sait qu'il y a encore beaucoup de choses à découvrir dans ce domaine. D'autre part, la simulation : pour quelqu'un comme lui, qui s'efforce d'améliorer les conditions de vie des personnes handicapées moteur, se rendre compte de ce qu'elles peuvent vivre au quotidien lui paraît crucial. Encore faut-il pour cela qu'il puisse se libérer. Heureusement, pour l'occasion, il a demandé à un ami de venir l'épauler. C'est aussi avec lui qu'il a mis au point son discours : en effet, Makoto n'est pas forcément très doué pour parler simplement de choses compliquées. La pédagogie n'est guère son fort, et sa façon de s'exprimer, quand il parle de sa combinaison, est tout simplement incompréhensible pour les néophytes que nous sommes.

Exceptionnellement, Makoto ne portait pas sa combinaison. Il ferait une démonstration de ses capacités plus tard, au moment de démonstrations qui pourraient presque s'apparenter à des spectacles, car Makoto comptait bien démontrer le caractère exceptionnel de son innovation. En revanche, il hésitait beaucoup à la faire tester par les visiteurs, par peur de dysfonctionnements. Après tout, il s'agit d'un projet de longue haleine, mûrement réfléchi, qui ne verra sans doute pas le jour avant de nombreuses années. Un rêve utopiste qui tente de se concrétiser. Il avait donc décidé que la démonstration, dont il serait bien évidemment le cobaye, suffirait. Toutefois, la prochaine aurait lieu dans trois heures, ce qui lui laissait un peu le temps de faire le tour des environs pour voir ce qui pouvait l'intéressait. Ouvrant des yeux ronds, et laissant son regard flâner de stand en stand, Makoto commença à s'éloigner du sien, direction l'aile de simulation.
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De Andreas Korbemynn, vendeur d'idées Jeu 19 Nov - 22:31
Quelques jours plus tôt
À cette heure tardive de la nuit, seul le bureau d'Andreas était encore éclairé : le reste de la maison était plongée dans la pénombre afin de permettre à sa mère Astrid de se reposer. Aussi étrange que cette scène pût paraître vue de l'extérieur, l'homme d'affaires faisait tout pour étouffer le bruit, attentif à tout son venu de l'extérieur de la pièce pouvant indiquer que sa mère s'était réveillée. Andreas avait d'ailleurs cru entendre quelque chose provenant de la chambre de sa mère, mais ce n'était qu'une fausse alerte. Toujours très droit dans son fauteuil malgré la fatigue, il revint à son travail.
Sur son bureau-ordinateur se trouvaient de très nombreuses applications ouvertes : un traitement de texte, bien sûr, où Andreas rédigeait un rapport, mais aussi un bloc-notes lui permettant de se rappeler d'une variété d'informations variées - rien à voir avec le pauvre bloc-note que vous propose votre ordinateur, puisque celui-ci proposait un système de classement et de tag très perfectionné -, des graphiques et tableaux divers qui présentaient les statistiques dont avait besoin Andreas. Mais ce n'était pas cela qu'il était en train de consulter lorsqu'un bruit suspect l'avait détourné de son écran. L'attention d'Andreas se portait sur un annuaire professionnel. Pour mener à bien son projet, Andreas avait besoin d'une équipe technique et scientifique sur place, puisqu'il ne pouvait se permettre de délocaliser celle qu'il possédait au Danemark. Mais il ne disposait d'aucun collaborateur sur place et ne pouvait lancer une campagne de recrutement sans ébruiter son projet. Il préférait donc envoyer directement un message à la personne qu'il aurait choisie pour l'épauler.
Les yeux d'Andreas s'agrandirent soudain légèrement. Parmi les différents scientifiques qui avaient retenu son nom, l'un d'entre eux en particulier lui semblait prometteur. Il était jeune, assurément, bien plus que les glorieux vieillards qui figuraient sur la liste d'Andreas, mais cela ne signifiait pas qu'il était dépourvu de talent. Au contraire, cette jeunesse était un atout pour Andreas : les jeunes étaient excellents pour le marketing, en particulier lorsqu'ils étaient de petits génies à belle allure. Très photogénique, ce garçon, c'était parfait pour les affaires. Quant à ses aptitudes, elles n'étaient plus à prouver : son intelligence s'annonçait comme étant largement supérieure à celle des grands scientifiques de ce siècle, et ses recherches étaient compatibles avec le projet d'Andreas. Enfin, dernier détail intéressant, ce jeune prodige se faisait discret. Bien qu'il portât le prestigieux nom de Nagasaki, il ne semblait pas vouloir tenir sa renommée de sa famille. Andreas ne pouvait qu'approuver un tel choix. Ce Makoto Nagasaki avait tout pour plaire à Andreas, la jeunesse, la beauté et le génie. S'il n'avait pas l'éloquence, ce n'était pas un problème : Andreas se pensait largement capable de combler cette lacune.
Il était tard dans la nuit, mais cela n'empêchait pas Andreas de travailler. Cela ne l'empêchait pas non plus de prendre contact avec le génie. Un appel téléphonique était exclus compte tenu de l'heure ; Andreas préféra un message écrit par messagerie, qui avait l'avantage d'être plus formel.

Monsieur,

Après consultation de votre profil professionnel, au demeurant fort intéressant, je désire prendre contact avec vous pour discuter de mon projet. En effet, vos recherches et mes projets de recherche semblent se recouper sur quelques points, je pense que nous aurions un intérêt mutuel à allier nos talents.
N'hésitez pas à me renvoyer un mail pour me faire part de votre réponse.

Avec l'expression de mes sentiments distingués

Andreas n'attendait plus qu'une réponse pour commencer à travailler, mais il savait qu'il avait peu de chance de la recevoir le soir même. Qui plus est, il choisit ce moment pour consulter l'horloge de son bureau et constater avec horreur que plus de la moitié de la nuit s'était déjà écoulée. Devenant raisonnable, Andreas mit son bureau en veille pour la nuit, sans oublier bien sûr d'activer la sécurité des documents ouverts pour éviter leur piratage, avant de quitter le plus silencieusement la pièce. Le prochain objectif n'était autre que son lit.

Le salon du handicap

Andreas n'avait besoin d'être invité au salon du handicap pour s'y rendre : il en avait eu l'intention dès qu'il avait appris qu'un tel dispositif existait. Dans toute autre ville, cet événement lui aurait paru curieux, mais il devait reconnaître que l'on ne pouvait envisager meilleur endroit que Pacydna pour traiter ces questions. Cela le concernait au premier degré : il avait besoin d'avoir un état des lieux du marché, de savoir ce qui existait déjà et ce qui pouvait être inventé. Peut-être certaines personnes recherchaient-elles des investisseurs pour leur projet, et même si ce n'était pas exactement le domaine dans lequel travaillait Andreas, son expérience l'avait appris à ne jamais laisser passer les bons marchés.
Mais Makoto Nagasaki avait eu la gentillesse de l'y inviter. Leur échange étant resté très court et professionnel, Andreas ne savait pas vraiment ce qu'il devait attendre du génie, mais il avait accepté de le rencontrer, ce qui était de bon augure. Andreas attendait vraiment avec impatience de le rencontrer au salon. En attendant, l'homme d'affaires se promenait. Le stand des voyages ne l'intéressa pas vraiment, bien qu'il trouvât le concept curieux, et il préféra se diriger directement vers la section technologique. Il pouvait d'ailleurs trouver des idées pour un concept mineur qui saurait faire parler de lui pendant quelques temps. Actuellement, les pantoufles numériques d'Andreas rencontraient un franc succès, même si personne ne savait exactement à quoi ça servait. Andreas lui-même ne le savait pas trop, mais il savait en revanche que les gadgets étaient toujours appréciés pour leur côté insolite.
Andreas hésita : devait-il aller assister à la conférence d'un célèbre économiste sur le marché des médicaments facilitant la circulation du sang, conférence qui collait parfaitement à la démarche d'Andreas, ou au contraire se rendre au stand de robotique pour la démonstration de pupille artificielle améliorée ? Le choix était difficile : à rester indécis, Andreas risquait bien de rater les deux. Mais une silhouette qu'il reconnut sans jamais l'avoir vue mit fin à son hésitation. Le génie était arrivé.
Il n'était pas digne d'Andreas de courir derrière quelqu'un. Si le génie était asocial, il aurait l'air ridicule ce faisant. Il préféra demander à un passant de demander à Nagasaki de venir le rejoindre. Et le passant accepta sans problème. Peut-être pensait-il qu'Andreas souffrait d'un handicap particulier, même s'il ignorait lequel. Ou bien il avait reconnu celui-ci et désirait se faire remarquer. Évidemment, la question n'avait aucune espèce d'importance pour Andreas. Du moment que Nagasaki venait à lui, c'est tout ce qui comptait.


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De Makoto Nagasaki, humaniste Jeu 28 Jan - 21:25
Makoto continuait d'avancer en direction de l'aile de simulation. Il lui tardait de voir quelles seraient les différentes activités proposées : le jeune homme avaient bien envie de savoir ce que pouvaient vivre les personnes handicapées au quotidien. Il se dit également qu'il avait de la chance d'habiter à Pacydna, où ce genre de problème était central et n'était pas évité par sensiblerie. Bien entendu, il était loin de se douter qu'il y avait une raison expliquant la forte proportion d'handicaps en tout genre à Pacydna ; mais il trouvait que c'était plutôt pratique pour quelqu'un comme lui. Cela lui avait au moins ouvert les yeux sur la nécessité de prendre le problème à bras le corps et de mettre son intelligence au service de ceux qui en avaient besoin. Si seulement il pouvait convaincre son père du bien-fondé de sa vision...
Tout à coup, un parfait inconnu vint l'aborder en lui précisant qu'un monsieur, un peu plus loin, voulait lui parler. Makoto fronça les sourcils, se demandant qui pouvait l'avoir reconnu aussi aisément - car il était persuadé d'une chose, l'inconnu qui désirait converser avec lui savait parfaitement qui il était. Oh, bien sûr, le scientifique pouvait envisager de nombreuses raisons pour l'aborder. Il était cependant intrigué par le fait que son anonymat n'était pas aussi assuré qu'il ne le pensait. Bien qu'il fût habitué à ce que l'on connût son nom - ce dernier l'ayant forcé à faire attention à son comportement en public depuis toujours, car son père était connu, et aimait vraisemblablement la notoriété -, il regrettait un peu ce contretemps. La contrariété lui passa vite ; Makoto avait appris très tôt à faire passer ses propres désirs après ceux des autres. Participer aux simulations n'était pas une nécessité absolue pour son projet, il pouvait donc accorder du temps aux autres. Le plus important serait sans doute de trouver le temps de passer dans l'aile destiné à la robotique, même s'il se doutait qu'il n'allait pas forcément y voir des choses qui le surprendraient. Il y avait bien longtemps qu'il n'était plus étonné de l'évolution de ces domaines-là.

Il suivit donc la direction donnée par le passant, jusqu'à trouver l'homme qui désirait lui parler. Un peu plus grand que lui, plus âgé et aussi plus costaud - Makoto se sentit curieusement petit face à lui, mais peut-être n'était-ce qu'une impression -, une aura d'assurance se dégageait de lui. Makoto n'avait jamais vu cet homme. Pourtant, en le voyant, il ne lui fallut pas longtemps pour comprendre. Il y avait des choses pour lesquelles Makoto était doué, en particulier quand il s'agissait de trouver une réponse à un problème qui se posait à lui. Et, en l'occurrence, c'était d'une évidence pour lui.
« Monsieur Korbemynn, salua-t-il en lui tendant poliment la main. C'est un plaisir de voir que vous avez pu vous libérer pour assister à ce salon. »
L'homme l'avait contacté quelques jours auparavant par email, exprimant son envie de travailler avec lui et son admiration pour ses compétences. Makoto avait été heureux de recevoir une telle demande, mais n'avait pas été très à l'aise pour lui répondre. Les mails lui faisaient toujours un peu peur. Voir l'homme en personne ne l'aidait guère ; Andreas Korbemynn était un homme impressionnant, surtout pour un jeune aussi impressionnable que lui. Toutefois, les circonstances de la rencontre atténuaient un peu le stress : Makoto l'attendait.
« Avez-vous déjà eu l'occasion de visiter le salon ? C'est une occasion à ne pas manquer. » : ajouta-t-il, étonné du ton assuré qu'il employait pour converser avec lui.
Peut-être parce qu'il connaissait un tout petit peu l'homme et en savait juste assez pour savoir que celui-ci était poli et le respectait ?
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De Andreas Korbemynn, vendeur d'idées Sam 30 Jan - 22:16
Andreas observa de loin le passant aller transmettre le message, puis revenir vers lui pour lui annoncer qu'il avait rempli son office. Andreas s'en rendait bien compte, mais il n'allait pas se vexer pour tant de prévoyance, et remercia très humblement la personne qui l'avait aidée. Ce dernier devait penser avoir accompli une bonne action en s'éloignant vers ses propres horizons.
Andreas avait craint que le jeune Nagasaki ne voulût pas le voir ou s'offusquât de la façon tout de même assez froide dont il l'avait fait mander, mais ce ne fut pas le cas, à moins que le scientifique ne fût lui aussi un expert pour cacher ses sentiments. L'homme d'affaires eut tout le loisir d'observer celui qu'il voulait voir intégrer son projet. Impossible de lui donner plus des vingt-et-un ans que son profil indiquait : il ressemblait à un jeune garçon tout juste sorti de l'école. Il n'avait cependant pas l'arrogance de la jeunesse, ni cet air éparpillé de ceux qui débutent : Andreas avait affaire à quelqu'un qui avait de l'expérience, et qui savait parfaitement ce qu'il voulait. Il n'était pas antipathique, en revanche : c'était même tout le contraire. Makoto Nagasaki semblait être le genre d'homme avec qui la discussion était agréable, même sérieuse. Pour une invitation au salon du handicap, Andreas n'était pas tombé sur le pire scientifique.
Andreas fut reconnu avec la même facilité qu'il avait eu pour identifier M. Nagasaki. Il est vrai que la possibilité de tomber sur quelqu'un d'autre qu'Andreas était faible, et que les photographies présentes sur leur profil leur avait déjà donné l'idée de ce à quoi ressemblait l'autre. Habitué à traiter avec des personnes qui le trouvaient impressionnant, Andreas ne manqua pas de remarquer que M. Nagasaki était légèrement tendu, quoiqu'il fît tous les efforts possibles pour le dissimuler. C'était peut-être, si on excluait l'apparence physique, le seul signe indiquant qu'il avait affaire à un tout jeune homme. Andreas apprécia en tout cas son courage. Il n'avait cependant pas envie de l'intimider - certains hommes et femmes haut placés éprouvaient parfois le besoin de rappeler leur supériorité aux autres, mais Andreas n'en faisait pas partie. Il n'avait pas besoin d'imposer son autorité, puisqu'il voulait faire de M. Nagasaki un associé, et non un employé, différence de taille.
Ils se serrèrent la main.

« Je vous en prie, monsieur, répondit Andreas en essayant de ne pas paraître trop solennel. Tout le plaisir est pour moi. Ce n'est pas tous les jours qu'il m'est donné l'honneur de rencontrer l'un des plus grands esprits de notre temps. »

Andreas était sincèrement sidéré par ce jeune homme, mais il savait gérer ses sentiments bien mieux que M. Nagasaki. Mais pour l'instant, ses efforts ne portaient pas vraiment ses fruits, puisqu'il était incapable sa politesse très formelle. Il avait entendu dire que le jeune homme était japonais et préférait ne pas se montrer trop familier lors de leur première rencontre. Il se contenta donc de répondre poliment à la question qui lui était posée.

« N'étant arrivé à Pacydna qu'il y a peu, je n'ai pas eu l'occasion de le visiter, expliqua-t-il. Mais bien sûr, je veux bien vous croire lorsque vous me dites que c'est un événement à ne pas manquer. »

Les multiples stands, les conférences destinées aux professionnelles, les démonstrations amusant le public... Andreas avait déjà pu mesurer tout l'intérêt d'un tel événement et ne s'étonnait guère de voir un jeune homme comme M. Nagasaki y trouver un intérêt aussi vif que le sien. Peut-être y cherchait-il l'inspiration, en plus d'y exposer son prototype. Bien renseigné, Andreas savait exactement à quelle heure aurait lieu la démonstration, et se sentait donc ravi de voir que son potentiel associé avait jugé avoir le temps nécessaire pour lui faire visiter le salon auparavant. L'attention était touchante et avait fait mouche.
Parler trop rapidement affaires n'était cependant pas souhaitable, pas tant qu'un climat de confiance régnerait entre eux. Andreas tenait à éviter autant que possible toute référence qui pourrait rappeler cette réalité à M. Nagasaki et, peut-être le mettre mal à l'aise. Être un scientifique de génie ne signifiait pas être à l'aise en public, ce qui signifiait qu'Andreas avait tout intérêt à bien cerner l'individu avant de parler sérieusement avec lui. Devoir reporter cette conversation à plus tard ne le dérangeait cependant pas : M. Nagasaki était fascinant à sa manière. Andreas était très curieux d'avoir son point de vue d'expert sur les technologies présentées au salon, conscient que d'un point de vue personnel, l'expérience serait enrichissante. Voilà qu'il voulait acquérir quelque chose qui n'avait aucune valeur sur le plan professionnel et qui n'avait aucun rapport avec sa mère. Encore un signe qu'Andreas avait changé.

« Je serai en tout cas ravi de vous suivre là où vous jugerez digne de m'emmener. J'ai cru comprendre que vous vous rendiez à l'aile des simulations, peut-être pourrions-nous commencer par là ? »

Lui-même avait envisagé de s'y rendre, cette coïncidence arrangeait donc parfaitement leurs affaires. Andreas attendait de voir comment M. Nagasaki allait réagir dans une situation qu'il dominerait par ses compétences. Il voulait le voir s'exprimer, se détendre, en d'autres termes, lui montrer la personne qu'il était réellement. De son côté, Andreas avait tout son temps pour l'interroger sur ses recherches. Il n'oubliait pas qu'il devait à un moment opportun parler de la démonstration et savoir ce que M. Nagasaki était prêt à révéler de son projet. Le reste devait se faire tout naturellement.

« Sans doute pourriez-vous également me parler de votre goût pour la science et la robotique ? » ajouta-t-il pour lancer la conversation, au cas où.


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De Makoto Nagasaki, humaniste Dim 31 Jan - 12:18
Andreas Korbemynn lui serra la main, ce qui contribua à réduire légèrement le stress de Makoto. C'était, dans le fond, assez stupide ; leurs rapports étaient professionnels, il n'y avait donc pas de raison pour que l'homme plus âgé refuse sa main alors qu'il espère travailler avec le scientifique. Pourtant, Makoto craignait qu'il ne lui serrât pas la main, pour une raison qui lui échappait. Preuve de sa jeunesse, s'il en fallait une. Makoto n'était pas très à l'aise avec les rencontres officielles et n'était pas certain d'en connaître tous les codes. Il espérait simplement ne pas commettre d'impair. Une collaboration avec monsieur Korbemynn pouvait se révéler intéressante ; de plus, étant donné qu'il était en public, s'il se plantait quelque part, son père le tuerait. Le père Nagasaki était un homme brillant, mais il n'était pas exactement compréhensif et ne pardonnait pas facilement les erreurs qui auraient pu être « facilement évitées ». Que son fils fût timide n'était pas une excuse suffisante à ses yeux : les personnes timides pouvaient très bien s'en sortir, du moment qu'elles se sentaient à l'aise. Makoto n'osait pas le contredire. Il avait d'autres priorités, comme par exemple l'éthique scientifique. Un éternel point de conflit entre les deux Nagasaki.
Maki se sentit rougir en entendant l'homme l'appeler « grand esprit de ce temps ». Il était peut-être surdoué, mais il était encore jeune et manquait d'expérience. Il n'avait encore rien fait pour mériter un tel titre.
« Je vous en prie, monsieur Korbemynn, je ne suis qu'un humble scientifique. » : répondit-il avec une modestie non feinte.
Makoto n'était pas sans savoir qu'Andreas n'était pas originaire de Pacydna, et n'avait pas encore eu l'occasion de visiter le salon du handicap. Voilà pourquoi le jeune homme le lui avait conseillé. C'était un dispositif exceptionnel, et incroyablement humain. Personne ne pouvait en ressortir totalement indifférent, à moins d'avoir un cœur de pierre. Makoto aimait ce salon parce qu'il était un signe de tolérance et de compréhension vis-à-vis de personnes éprouvant des difficultés au quotidien. Sa posture à lui était, peut-être, légèrement paternaliste ; toutefois, il était persuadé que le grand public devait être sensibilité à ce genre de problématiques.
Makoto acquiesça.
« Effectivement, c'est un endroit où il est possible de s'immerger dans la peau d'une personne handicapée le temps d'une animation. Vous comprenez votre intérêt : il est beaucoup plus facile de comprendre les autres lorsqu'on comprend ce qu'elles vivent au quotidien. Je suis certain que vous aimerez beaucoup. »
Certaines personnes avaient tendance à considérer que ce n'était qu'un loisir bien amusant. Makoto n'appréciait pas tellement cette attitude, cependant, il était persuadé qu'Andreas saurait faire preuve d'un minimum de retenue et comprendrait tout l'intérêt de « l'attraction ».
« Mon goût pour la science, dîtes-vous ? » Makoto s'arrêta quelques instants, ne sachant pas trop quoi dire sur le sujet. Avant de décider que de sortir ce qu'il avait par la tête serait sans doute le plus aisé. « Eh bien, je baigne dedans depuis tout petit. Vous connaissez très certainement mon père, j'ai donc connu une situation privilégiée, propice à éveiller mon amour de la science. Je lui suis reconnaissant pour tout ce qu'il a fait pour moi ; sans lui, je ne saurais sans doute pas là aujourd'hui. »
En effet, ses parents ne l'auraient sans doute pas autant encouragé à suivre cette voie. Et surtout, se poserait la question du financement. Makoto aime la discrétion, mais pour trouver des fonds, recourir à son nom de famille reste la solution la plus aisée. Makoto n'avait pas envie de l'avouer ouvertement à Andreas, ne trouvant cela guère glorieux, toutefois, il ne pouvait ignorer la part que son père avait joué dans son éducation. Ce serait un manque de reconnaissance ignoble.
Ils arrivèrent devant l'aire de simulation, et Makoto, qui était un minimum familier des lieux, désigna les différents stands.
« Y en a-t-il qui vous intéresse particulièrement ? Je compte essayer tous ceux qui portent sur la motricité réduite, cependant, vous n'êtes pas obligé de me suivre si cela ne vous intéresse pas. Vous trouverez sans doute votre compte dans cette allée, et faire d'extraordinaires découvertes. »
Makoto n'avait guère envie de laisser Andreas se débrouiller seul ; cependant, le forcer à le suivre lui paraissait effroyablement impoli. Le jeune homme ne savait pas quoi faire, et derrière son affirmation a priori assurée, se cachait un discret appel à l'aide. Il avait besoin qu'Andreas prît une décision par lui-même et le soulageât de ce fardeau.
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De Andreas Korbemynn, vendeur d'idées Jeu 4 Fév - 19:04
La première impression qu'Andreas se faisait du jeune homme était positive. L'homme d'affaires appréciait cette retenue qui caractérisait aussi bien ses gestes et ses paroles. M. Nagasaki avait encore un peu de mal à passer outre l'intimidation qu'il ressentait, mais il y parvenait avec un peu de bonne volonté. Ce n'était pas vraiment étonnant, quand on savait de quelle famille le scientifique était issu. Mais il n'y avait pas que cela. Pour un scientifique, M. Nagasaki était incroyablement humain - Andreas pensait ce mot sans se douter un seul instant que son potentiel associé l'avait mentalement utilisé pour qualifier le salon. On pourrait croire qu'un jeune homme passionné de miniaturisation se contenterait de comprendre à la perfection toutes les techniques dont il avait besoin, mais ce n'était pas le cas. M. Nagasaki exprimait une sincère envie de connaître l'être humain de l'intérieur, de se mettre à la place d'autrui et ressentir les mêmes sensations que lui. Il se présentait d'emblée comme un humaniste, ce qui rappela à Andreas que ce n'était pas du tout son cas à lui, et que sa motivation principale restait, quoiqu'on en pense, la possibilité de se faire le plus d'argent possible, et au passage flatter son orgueil en se donnant le sentiment d'être important et d'accomplir quelque chose dont les autres se souviendraient. D'habitude, Andreas riait au nez des humanistes, ces bons samaritains incapables de comprendre qu'aucune action n'était désintéressée. Il n'avait pas le courage de le faire avec M. Nagasaki : celui-ci croyait dur comme fer à ce qu'il disait.
On retrouvait également de la modestie chez ce jeune homme lorsqu'il parlait de son père, à qui il attribuait son goût pour la science. Or cette reconnaissance envers son paternel était quelque chose qu'Andreas ne soupçonnait pas chez lui. Parce qu'il travaillait indépendamment de la famille, Andreas avait cru qu'il existait une forme de conflits entre eux, mais il comprenait à présent qu'il s'était complètement trompé. M. Nagasaki devait en fait être en bons termes en eux, mais préférait sans doute faire ses preuves tout seul, sans s'appuyer sur les multiples ressources de sa famille, sachant pertinemment que c'était la meilleure façon pour que son travail soit reconnu. Andreas ne connaissait pas personnellement le père de son interlocuteur, mais il en avait suffisamment entendu parler pour savoir qu'il s'agissait de quelqu'un d'important, digne d'attention. Mais ce n'était pas par égard à cette célébrité qu'Andreas répondit poliment : au contraire, l'homme d'affaires respectait le fils en louant le père :

« Nous pouvons donc remercier votre père de vous avoir transmis cette passion. Bien rares aujourd'hui sont ceux qui bénéficient d'une situation enviable et qui n'en abusent pas pour leur propre plaisir. »

Ne se visait-il pas un peu lui-même à travers cette remarque dépourvue de toute ironie ou de tout mépris ? Peut-être bien. Il était grand temps qu'Andreas apprenne l'auto-dérision, d'ailleurs. Il ferait ainsi un pas de plus vers l'homme qu'il désirait être.
M. Nagasaki finit par s'arrêter. Andreas comprit qu'ils étaient arrivés là où le scientifique désirait l'emmener. Toujours aussi prévenant, ce dernier lui annonça son intention de visiter des stands relatifs à la mobilité réduite, mais lui offrait le choix de partir dans une autre allée si Andreas le désirait. En terme de politesse, l'homme d'affaires nota qu'il ne lui avait pas proposé de l'accompagner ailleurs, mais il ne releva pas cette maladresse. Qu'il ne s'en vexât pas était un autre signe qu'il était en train de changer - mais allez savoir pourquoi, piquer une crise parce que son hôte ne lui avait proposé de l'emmener où il voulait alors qu'il lui avait donné la liberté de choisir le stand, en plein milieu du salon consacré au handicap, lui paraissait particulièrement puéril.

« Je n'avais pas d'envie particulière, monsieur, je serai donc ravi de vous suivre au stand de votre choix, mentit Andreas, omettant le fait qu'il avait à l'origine l'intention de se renseigner sur la pupille artificielle améliorée et le marché des médicaments. Et peut-être pourriez-vous avoir l'amabilité de me présenter vous-même les innovations qui nous sont proposées. »

Ceci dit, Andreas hésitait tout de même à laisser toute latitude à M. Nagasaki : il y avait tout de même des visées particulières derrière cette visite de courtoisie, et il n'avait pas particulièrement envie de visiter un stand qui n'avait aucun rapport avec ses recherches, tout particulièrement s'il s'agissait d'un domaine où il n'y connaissait rien. Ne connaissant pas les compétences du scientifique pour expliquer en termes simples des notions complexes, Andreas avait peur d'être perdu sous un déluge de paroles incompréhensibles - après tout, M. Nagasaki était si jeune qu'il avait l'âge de s'emporter pour sa passion, même si jusqu'alors il avait toujours fait très attention à son interlocuteur.
Sans en avoir l'air, donc, Andreas indiqua son choix à son camarade :

« Mais si vous me demandez mon avis, je veux bien vous aider à faire votre choix. Je crains de ne pas être capable de comprendre toutes les nouveautés scientifiques, mais puisque vous aviez l'air tout à l'heure si attaché à la possibilité de se mettre à la place d'autrui, pourquoi ne pas commencer par là ? J'aperçois justement un stand qui propose un exosquelette quasiment invisible, à deux pas d'ici. »

Il désigna négligemment le stand en question. Celui-ci promettait des merveilles, et notamment de pouvoir se mouvoir comme n'importe quelle personne valide grâce à la pensée. Andreas ne savait pas si un tel miracle était possible - il avait tendance à penser que toutes les caractéristiques d'un produit était de la publicité mensongère avant d'avoir pu le tester par lui-même - mais cela valait le coup d'essayer. Il avait déjà quelques idées de la façon dont il pourrait utiliser des exosquelettes.
Sa proposition, comme il fallait s'en douter, était donc parfaitement intéressée.


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De Makoto Nagasaki, humaniste Ven 5 Fév - 22:44
Cela faisait déjà du bien, à Makoto, de se sentir plus à l'aise avec l'homme. Il n'aurait jamais osé l'avouer, mais il n'était pas sûr de comprendre en quoi consistait exactement le métier d'Andreas. Ou plutôt, il ne comprenait quelle pouvait en être l'utilité. Qu'est-ce qu'Andreas inventait, au juste ? Comment déterminer son influence s'il ne créait rien matériellement, mais suggérait des projets ? Le jeune homme trouvait cela un peu effrayant. Il aimait bien que les choses soient carrées et logiques ; il avait un peu du mal à intégrer Andreas dans ce schéma. Malgré tout, il désirait ne pas lui déplaire et le convaincre qu'il était quelqu'un de bien. Même s'il ne connaissait rien des véritables intentions de son aîné, et qu'il se demandait sincèrement si leurs motivations étaient compatibles. Andreas lui rappelait ces hommes d'affaire avec lesquels il était difficile de discuter, car ils savaient parfaitement ce qu'ils voulaient et refusaient de se laisser mener par le bout du nez par un petit scientifique, aussi illustre que fût son nom. Sauf qu'il ne paraissait pas particulièrement intéressé par l'argent et le traitait avec respect, ce qui était plutôt une bonne chose. Maki ne savait pas s'il était possible pour eux de s'entendre dès lors qu'ils parleraient de sujets sérieux. Ce n'était cependant pas encore à l'ordre du jour, fort heureusement, ce qui laissait le temps au garçon de s'habituer à son interlocuteur, et, peut-être, d'essayer d'anticiper ses demandes. Même s'il se doutait bien que le second objectif se solderait d'un échec - il n'avait jamais réussi à comprendre comment s'y prendre, tout simplement. Les seuls besoins qu'il était capable d'anticiper, c'étaient les demandes de son père lorsqu'ils travaillaient sur un sujet commun - Makoto ayant la capacité de deviner à l'avance ce que nécessitait l'expérience sur laquelle il travaillait, dès lors qu'il maîtrisait le sujet.
Discuter de son père et de son rôle dans son épanouissement personnel avait quelque chose d'agréable ; le jeune homme n'aimait guère se confier, toutefois, c'était là encore un sujet qu'il connaissait, et qui avait le mérite d'être plus simple que de complexes notions de robotique, que Makoto aurait été incapable de simplifier pour qu'Andreas comprenne. Curieusement, lorsqu'on tente de simplifier, on n'arrive jamais totalement à ses fins, parce qu'on sait toujours ce qu'il y a à côté et qui explique les zones d'ombres ; toutefois, les autres ne peuvent pas voir ces explications-là. Makoto acquiesça doucement, sans trop savoir quoi répondre. Il devinait qu'il y avait dans les propos d'Andreas une pique, qu'il n'était cependant pas en mesure de discerner. Il manquait de finesse sur le plan social, n'ayant pas l'habitude de converser avec les autres. Il faudrait qu'il se force, un jour. La timidité est un fléau qui peut se combattre, non une fatalité.
Il se sentit un peu décontenancé quand Andreas lui fit signe de décider pour lui. Maki se mordit la lèvre, laissant quelques secondes avant de répondre :
« Mais tout me va, vraiment... »
Mauvaise réponse, Makoto. Voilà qui n'allait pas manquer d'interpeller M. Korbemynn sur l'inexpérience du jeune scientifique. Le garçon avait envie de se cacher tant il avait honte, et une jolie teinte rose colora ses joues pâles de ne pas être souvent exposées au soleil. Heureusement pour lui, le Danois le sauva en mentionnant un exosquelette en démonstration un peu plus loin. Makoto évita de le regarder dans les yeux, mais il était clair qu'en cet instant, il suintait la reconnaissance.
« Oh, c'est une excellente idée, monsieur. Voyez-vous, le système fonctionne de façon analogue à celui de mon prototype et... » Makoto s'arrêta net, comprenant qu'il avait failli commettre un impair et entrer dans des considérations techniques qui n'intéressaient certainement pas son interlocuteur. « Je ne peux pas vous faire essayer mon prototype, il est encore un peu trop instable, mais cela vous donnera sans doute une idée... intéressante. Voulez-vous essayer ? »
Arrivé devant le stand, Makoto salua poliment l'inventeur. C'était quelqu'un qu'il connaissait : tous les scientifiques finissaient par essayer d'attirer l'attention du père Nagasaki, et ceux qui y arrivaient croisaient alors le chemin du fils Nagasaki. C'était sans doute un avantage, comme Andreas s'en rendrait bien vite compte, car l'homme leur accorda tout de suite leur pleine attention, et se tourna vers l'homme plus âgé pour lui demander ce qu'il souhaitait. Makoto n'avait pas besoin d'essayer ces exosquelettes, quant à lui. Il savait très bien ce que cela faisait que de porter ce genre de dispositifs et n'avaient pas besoin d'un tel stand. Il faudrait vraiment qu'il l'emmène à un autre stand par la suite.
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De Andreas Korbemynn, vendeur d'idées Jeu 11 Fév - 0:04
La réaction presque soulagée de M. Nagasaki lorsque Andreas avait pris les devants et suggéré un stand étonna notre homme d'affaires. Lui qui avait cru si ce n'est manipuler, au moins influencer le jeune homme se rendait compte que celui-ci, à cause du besoin d'être encadré ou confirmé dans ses actions, ne voyait aucun inconvénient aux pratiques d'Andreas. Alors qu'il était parvenu à ses fins, ce dernier ne pouvait s'empêcher d'avoir l'impression d'avoir été devancé sans aucune arrière par le scientifique qui l'accompagnait. Cela promettait des négociations très intéressantes, puisque M. Nagasaki était capable de le décontenancer en ne respectant pas certaines règles implicites de la discussion professionnelle. Mais il était tout à son honneur de ne pas avoir l'orgueil de vouloir dominer la conversation.
Le choix de l'exosquelette parut d'ailleurs plaire à M. Nagasaki, puisque cette innovation fonctionnait de façon similaire à la sienne. Il s'arrêta en cours de phrase, et Andreas ne saurait jamais ce qu'il avait voulu dire à ce moment-là. Peut-être protégeait-il tout simplement son prototype et refusait de révéler face à un concurrent les secrets de sa propre invention. M. Nagasaki était soit sincère dans ses propos, soit incroyablement malin et subtil, soit les deux, car Andreas trouva que la façon dont il expliquait pourquoi il ne proposait pas d'essai au public était très habile. Il avait un don pour ménager le suspense et vendre ses produits, assurément. Avec le charisme d'Andreas pour l'épauler, nul doute qu'il serait capable de devenir l'inventeur le plus en vogue de tout Pacydna. Si du moins tel était son envie.
Comme souvent dans un métier, M. Nagasaki avait ses relations, et il ne fut pas difficile d'obtenir rapidement une séance d'essai auprès du scientifique qui tenait le stand. Andreas n'avait même pas eu besoin de se servir de son nom pour ce faire, ce qu'il trouvait étrangement agréable. Il n'était pas tout à fait un anonyme, mais il n'était pas le centre de l'attention. Andreas accepta poliment l'essai et se retrouva bientôt affublé de l'exosquelette dernière génération. C'était la première fois qu'il en essayait un.
Que dire de cette sensation incroyable qui le prenait tout à coup ? Avant même son activation, l'exosquelette était d'une légèreté étonnante, ne pesant quasiment pas sur ses muscles tout en les enserrant finement. Il ressemblait plus à une seconde peau qu'à un exosquelette, à tel point que l'on se demandait comment un tel dispositif pouvait recréer à la perfection les mouvements humains.

« Nous ne pouvons pas procéder sur vous à l'intégralité des branchements qui permettent de conduire l'ESQ26K entièrement par la pensée, s'excusa le gérant en effectuant les derniers réglages. Cela nécessite une opération du cerveau que nous ne vous ferons bien sûr pas subir. Mais nous vous proposons à la place une petite télécommande qui vous permettra de tester des mouvements basiques, et vous pouvez bien sûr aller poser des questions à nos cobayes ici présents qui vous expliqueront en détail ce qu'ils ressentent. »

Andreas accepta la télécommande en se demandant s'il y avait une arnaque derrière tout cela ou non. M. Nagasaki ne lui avait rien dit à ce sujet, mais il était évident qu'il ne se risquerait pas à critiquer le travail d'un collègue alors que celui-ci était présent. Comment être sûr, dans ces conditions, que les cobayes n'étaient pas en fait des personnes valides faisant croire qu'elles étaient handicapées pour mieux tromper les clients ? Après les mensonges proférés par la municipalité, on avait de quoi être méfiant. Il fallait donc se résoudre à faire confiance à ce que les spécialistes disaient, et dans des domaines aussi commerciaux, Andreas n'avait qu'une seule règle : ne jamais faire confiance aux autres, justement. Il pouvait déterminer si l'exosquelette fonctionnait ou non, et comment, mais il ne pouvait pas généraliser ou supposer qu'ils avaient d'autres fonctionnalités cachées. Si le scientifique remarqua sa perplexité, il ne dit rien, sans doute parce qu'il s'attendait à voir Andreas changer d'avis une fois qu'il aurait essayé son produit.
Ce qu'Andreas fit sans attendre. Il commença par faire bouger son bras et fut surpris par ce qu'il ressentit. Le bras se déplaça avec une fluidité inattendue, à peine contrariée par la réticence des muscles d'Andreas à l'idée de se mouvoir sans en être responsable. Il s'attaqua ensuite aux doigts sous l'œil de M. Nagasaki, mais bien malin aurait été celui qui était capable de dire ce qui passait à l'instant par la tête du scientifique. Andreas se doutait que ce cerveau-là devait imaginer comment le système fonctionnait. Andreas, quant à lui, s'amusait à serrer et desserrer le poing, à compter et à saisir des objets imaginaires à l'aide de son pouce.

« Vraiment remarquable, admit-il alors qu'il essayait cette fois-ci de lever la jambe. Cet exosquelette est d'une mobilité vraiment satisfaisante. Quel dommage qu'on ne puisse vérifier qu'il soit effectivement contrôlable par la pensée. »

À quelques pas de là, le propriétaire du stand, appuyé contre sa table, regardait Andreas sans trop savoir dans quelle catégorie le classer. Simple cynique ou véritable connaisseur ? L'intéressé n'en avait que faire, trop occupé à essayer de se gratter la tête pour tenter de comprendre les génies qui l'entouraient. Revenant ensuite à M. Nagasaki, qui ne profitait pas de l'essai autant que lui, Andreas voulut l'impliquer un peu plus dans la démonstration :

« Alors dites-moi, votre prototype fonctionne-t-il selon un principe similaire, ou bien est-il très différent ? »

Sans lui dire que pour l'instant, il était plutôt comblé par ce modèle et avait bien du mal à imaginer comment celui de M. Nagasaki pouvait faire mieux. Andreas espérait que ce serait le cas, car malgré la performance de l'invention qu'il testait, il ne voyait pas vraiment ce qu'il pourrait en faire. Et ce qui n'avait pas d'utilité pour lui finissait toujours par rapidement le lasser. Il ne s'écoulerait que quelques secondes avant qu'Andreas décide de retirer le prototype et de passer au stand suivant.


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De Makoto Nagasaki, humaniste Jeu 11 Fév - 21:36
Makoto se tint en retrait, observant sagement Andreas Korbemynn essayer l'exo-squelette que l'on lui proposait. Son collègue - car c'était bien ainsi qu'il devait considérer un confrère scientifique - expliqua les limites de la simulation, et Makoto se rendit compte que cela ne lui était même pas venu à l'esprit de faire une telle précision, car cela lui paraissait absolument normal à ses yeux. Comme quoi, il ne réfléchissait pas toujours comme tout le monde, prenant pour des évidences des informations qui avaient besoin d'être délivrées aux autres. Il ne dit rien, cependant. Il préférait ne pas intervenir ; cela aurait été le comble de l'incivilité. Son collègue était maître de son propre stand et n'avait pas besoin qu'un petit jeune vînt mettre son grain de sel. Maki savait bien qu'on le voyait encore comme un gamin, parfois, principalement parce que la plupart de ses réalisations avaient été faites en partenariat avec son père, et qu'il n'avait jamais présenté de projet d'envergure tout seul. On avait tendance à le voir encore sous tutelle, à ne pas comprendre pleinement son potentiel individuel. Cela ne le dérangeait pas trop. Si cela lui permettait d'obtenir la confiance de ses sponsors et financiers, il n'allait certainement pas protester - cela lui facilitait la tâche, après tout.
M. Korbemynn semblait globalement satisfait de l'expérience - même s'il exprimait des doutes concernant la possibilité de le manipuler par la pensée. Makoto ne put s'empêcher de sourire à cette remarque ; voilà bien le genre de réflexion à ne jamais faire devant un scientifique fier de son invention, même lui le savait. En dehors de cela, le jeune homme était persuadé qu'il s'amusait plus qu'il ne voulait bien l'admettre. Il devinait à quel point ça pouvait être grisant de faire l'expérience de dispositifs aussi innovants. Il était tout aussi excité à chaque fois qu'il revêtait sa combinaison, et n'aimait plus trop l'enlever, appréciant sincèremen la sensation. Andreas se tourna vers lui, lui demandant des explications sur son propre prototype. Makoto jeta un regard un peu inquiet en direction de son confrère, mais celui-ci semblait avoir décidé de se désintéresser de la conversation, sans doute déçu de la réaction de son client. Le jeune scientifique prit donc la décision de répondre.
« Oui et non. Il est effectivement possible de le contrôler par la pensée mais cela ne nécessite aucune opération préalable. Il fonctionne de façon analogue aux prothèses bioniques, j'ignore si vous les connaissez ; mais le cerveau envoie des impulsions électriques qui sont décodées par des capteurs situées au niveau des articulations clés. L'information est ensuite décryptée, puis la machine s'occupe de réaliser le mouvement, ou de le soutenir, en fonction des besoins de la personne et de ses capacités. Comme vous le constatez, le principe est simple comme bonjour. Mais l'absence de greffe rend la connexion plus difficile, et il y a également la question des lésions qui endommagent le système nerveux. Sans compter les effets potentiels sur le cerveau, car c'est un prototype total qui couvre l'ensemble du corps, et qui peut désorienter les perceptions en raison de ses performances. »
Makoto était presque fier de lui : à ses yeux, son explication était la plus simple possible et même un enfant pouvait la comprendre. Dans les faits, elle était effectivement beaucoup plus simple que bon nombre de descriptions qu'il avait pu fournir ; elle était surtout inspirée du discours qu'il devait tenir un peu plus tard et qu'on l'avait aidé à préparer pour le rendre clair. Soit. En attendant, Makoto s'était approprié le discours, ce qui était plus que suffisant.
Devinant qu'Andreas Korbemynn n'allait pas rester passionné par cette expérience plus longtemps, le jeune homme demanda :
« Voulez-vous passer au stand suivant ? Il s'agit d'une simulation très intéressante illustrant les difficultés rencontrées par les personnes paralysées. Cela soulève mon intérêt scientifique, mais je pense que vous pourrez vous aussi vous intéresser par cette expérience profondément humaine. »
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De Andreas Korbemynn, vendeur d'idées Lun 15 Fév - 23:34
Un instant, Andreas avait craint de déranger M. Nagasaki en lui posant une question maladroite. La réponse que le jeune homme lui avait fourni l'avait convaincu que ce n'était pas la teneur de la question qui posait problème - il semblait plutôt satisfait de pouvoir parler de son prototype, même s'il devait se contrôler pour être compréhensible d'un homme aussi inculte qu'Andreas -, plutôt la situation dans laquelle il se trouvait. Parler de son propre travail sur le stand d'un autre était peut-être plus impoli qu'Andreas l'avait cru, et il ne put que se reprocher de ne pas y avoir pensé plus tôt. Maladresse ou non, cela n'empêcha pas le jeune scientifique de répondre. Malgré tous ses efforts pour parler en des termes simples, Andreas dut avouer que ses paroles étaient difficilement à assimiler. S'il avait lu sa réponse, sans doute aurait-il pu la comprendre complètement, mais à l'oral, cela s'avérait tout simplement impossible. Il ne pouvait avouer en toute honnêteté qu'il n'avait pas compris la moitié de ce que M. Nagasaki lui avait dit, afin de ne pas se discréditer auprès de lui. Mais un simple je vois n'aurait pas été satisfaisant, et aurait peut-être éveillé les soupçons de son interlocuteur. Andreas se disait qu'il ne faisait que le ménager pour éviter de lui faire ressentir de la déception ou de la gêne, mais nous savons bien qu'il était tout simplement trop fier pour dire la vérité. Et tant qu'à faire, il aimerait bien ne pas inciter M. Nagasaki à lui donner plus d'informations.

« Je n'ai malheureusement jamais testé de prothèses bioniques, annonça Andreas comme s'il s'agissait d'un terrible manque dans sa vie, mais je vois à peu près comment ça fonctionne. Votre prototype a tout de même l'avantage énorme de ne pas nécessiter de greffe, c'est une grande avancée, si voulez mon avis. »

Voilà tout ce qu'Andreas avait retenu du discours, et c'était déjà pas mal. Il parlait comme s'il avait tout compris, M. Nagasaki aurait bien du mal à ne pas tomber dans le panneau. Espérons que cela ne lui donne pas envie de continuer sur cette voie. Non, heureusement, peut-être avait-il senti qu'Andreas ne désirait pas développer le sujet, ou bien qu'il en avait fini avec ce stand. À moins qu'il ne considéra dangereux de laisser Andreas ici, alors que l'homme d'affaires critiquait abondamment le travail du scientifique à deux pas d'eux. En voilà un qui n'allait pas apprécier Andreas. Ce dernier écouta la proposition de M. Nagasaki avec un intérêt certain. Ce stand concernait exactement le domaine dans lequel il voulait investiguer, même si le jeune scientifique ne le savait pas encore. Il n'allait pas se vexer parce qu'il n'était pas celui qui l'avait proposé : à son niveau, on ne se battait plus pour de vaines preuves d'autorité. Mieux valait exprimer le fond de sa pensée et avouer que cela le tentait :

« Avec plaisir. Laissez-moi juste le temps de retirer l'exosquelette. »

Cela prit assez peu de temps, le modèle étant apparemment prévu pour être facilement enlevé, avant de prendre sa douche ou d'aller se coucher, par exemple. Andreas le remit en mains propres à son propriétaire avec des compliments qui devaient calmer le grief que l'homme lui vouait.

« Ce fut une expérience très enrichissante et très intéressante à la fois. Vous tenez là un dispositif de qualité. Je vous souhaite de trouver acquéreur rapidement, car il y a beaucoup à tirer de cette merveille. » Bienfait pour l'humanité ou profit personnel, Andreas ne précisa bien sûr pas, mais il pensait aux deux. « Si jamais vous manquez d'investissement, n'hésitez pas à me contacter, je serais ravi de vous aider. »

Une carte de visite tendue et acceptée avec hébétude, et déjà Andreas rejoignait son jeune collaborateur à l'extérieur du stand. Cette façon de se placer auprès des inventeurs pouvait paraître étrange à M. Nagasaki, mais c'était ainsi que le monde fonctionnait : ceux qui avaient de l'argent décidaient. Andreas ne voyait pas ce qu'il pouvait faire de cette invention, mais s'il pouvait imposer son nom sur cet objet qui avait de l'avenir, ce ne serait que bénéfique pour sa carrière. Il vérifierait également si un brevet ou d'autres mesures de protections intellectuelles avaient été faites : sachez que si vous n'êtes pas assez précautionneux, Andreas ou d'autres hommes comme lui pouvaient vous le voler. Pour lui, c'était encore plus bénéfique que de fournir les capitaux nécessaires à une petite entreprise pour démarrer.
Bien sûr, il était hors de question de faire un coup pareil à M. Nagasaki : lorsqu'on voulait employer quelqu'un, on respectait son travail. Le scientifique pouvait être rassuré : Andreas ne lui volerait rien du tout, parce qu'il avait besoin de lui.
Le trajet jusqu'à l'autre stand fut très court, trop pour permettre d'engager une vraie discussion. Arrivé sur place, Andreas se contenta de demander :

« Est-ce que vous voulez essayer en premier ? J'ai profité du premier stand, il est juste que ce soit à votre tour. »


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De Makoto Nagasaki, humaniste Mer 17 Fév - 19:29
Lorsqu'il parlait - et en particulier de ses inventions -, Makoto avait tendance à s'inquiéter de la réaction de son interlocuteur. L'incompréhension de celui-ci était un des problèmes les plus fréquents ; mais il y en avait également d'autres, comme l'absence total d'intérêt pour ce qu'il racontait, l'hilarité face à sa gêne, et plus encore. Mais pour le coup, il était persuadé que ces petits soucis ne se poseraient pas avec Andreas, étant parfaitement incapable de voir les signes d'une quelconque interrogation dans son propos (Maki aurait été incapable de s'en rendre compte, de toute façon). D'autant plus qu'Andreas s'arrangea pour reprendre certains éléments de sa réponse, comme s'il avait vraiment tout compris, et Makoto en conclut que son explication avait été claire et limpide. Il se promit intérieurement de remercier son ami, qui l'aidait à communiquer avec les autres alors qu'il n'était pas forcément très doué pour cela. Makoto n'avait jamais compris pourquoi certaines personnes, comme lui, étaient trop conscientes d'elles-mêmes et n'osaient pas dire ce qu'elles avaient sur le cœur. Mais c'était curieusement plus facile avec M. Korbemynn.
« N'est-ce-pas ? Je suis content que vous soyez également conscients des intérêts d'une telle évolution, monsieur. »
Un sourire sincère illumina le visage du jeune homme, rappelant à quel point il manquait d'expérience. Si peu âgé, et ayant déjà tant de responsabilités sur les épaules. On aurait eu du mal à croire qu'il avait accompli tout ce qu'il avait fait quand on le voyait ainsi, avec l'innocence de son regard, la peau imberbe où ne semblait pas vouloir pousser le moindre poil et la douceur de son sourire. On sentait que Makoto était un adorateur de l'humanité, qu'il n'avait pas vécu beaucoup de choses horribles. Candide. Mais c'était aussi ce qui faisait sa force, ce qui lui conférait cette incroyable motivation pour avancer chaque jour.
Il attendit donc qu'Andreas retirât l'exosquelette qu'il testait, tout en observant la bête et en se faisant quelques réflexions qui n'intéressaient que lui. Il aurait été mal venu de critiquer l'invention d'un collègue en plein salon, alors que celle-ci était parfaitement opérationnelle et que ledit collègue était beaucoup plus connu que lui. Il n'en fit donc rien, se contentant d'attendre en toute patience. Le temps de retrait de l'appareil était également un problème qu'il avait rencontré en élaborant sa combinaison. Celui-ci n'était pas entièrement résolu, mais c'était en voie. Makoto avait bien dû se pencher sur la question quand il avait commencé à utiliser de façon régulière son prototype.
Il vit M. Korbemynn féliciter le vendeur et lui tendre ce qui s'apparentait à une carte de visite avant de le rejoindre. Le jeune scientifique ne fit aucun commentaire. Il commençait à avoir l'habitude des investisseurs, et avait bien compris que l'on ne pouvait leur asséner sa morale à la figure sans conséquences. Après une enfance à observer comment son père s'y prenait, il avait fini par accepter la triste réalité, et avait trouvé sa propre façon de négocier. Qui n'était pas si mauvaise, au final, même si elle aurait sans doute pu être bien meilleure.
Ils arrivèrent sur place, et Makoto accepta poliment, mais plus parce qu'il n'avait pas de raison de dire non.
« Si vous le désirez, monsieur Korbemynn. »
Makoto se chargea une nouvelle fois d'aller saluer la personne en charge du stand. Il ne la connaissait qu'à peine, mais agissait comme si cela n'avait pas la moindre importance. Tous les exposants étaient frères, d'une certaine façon. Makoto expliqua rapidement la situation, puis se laissa entraîner dans la simulation, composée de plusieurs étapes à travers une maison où se trouvaient des équipements non adaptés, puis la solution apportée au désagrément. Le plus simple, pour cette mise en condition, était le recours à une chaise roulante qui paralysait la partie du bas. On installa donc Makoto, qui lança à Andreas :
« Vous pourrez commencer juste après moi, le parcours est assez long. Ce monsieur vous fera signe. »
Et c'était désormais parti pour la simulation.
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De Andreas Korbemynn, vendeur d'idées Jeu 18 Fév - 19:37
Avec un naturel qui trahissait l'habitude, M. Nagasaki s'en alla les présenter au responsable du stand, qui les accueillit avec plaisir. Andreas observa le jeune homme timide en se disant qu'il cachait bien des choses dans sa manche. Sa capacité à négocier, par exemple. Il semblait parfaitement à l'aise dans son rôle de guide, presque autant que lorsqu'il pouvait présenter ses inventions. Avec un sourire, Andreas accepta de les suivre tous deux à l'intérieur de la simulation. Il avait l'impression de se retrouver dans un parc d'attraction, et se rendit compte que c'était exactement le genre de sentiment qu'il voulait faire naître grâce à son grand projet. Mais depuis quand se souciait-il des sentiments ? Il aurait dû penser à tout l'argent qu'il pouvait se faire. Cette idée l'amenait à regarder d'un ton paternaliste ces pauvres scientifiques qui ne savaient pas tirer pleinement profit de ce qu'ils mettaient en place. Il écouta attentivement les quelques explications qu'on leur fournissait, tandis que M. Nagasaki s'installait déjà sur une de ces chaises paralysantes. L'impression devait être étrange, pensa Andreas, mais le jeune homme ne semblait pas gêné par celle-ci. Il expliqua à Andreas qu'il pourrait partir à sa suite, dès que le responsable lui en ferait signe, et l'homme d'affaires acquieça. Il regarda le jeune scientifique s'élancer dans le parcours avec aisance. Sans doute l'obligation de tester sur soi la combinaison lui avait-elle permis d'acquérir un talent certain pour se déplacer malgré les contraintes. Maintenant qu'il y pensait, Andreas devait bien reconnaître qu'il trouvait la démarche de M. Nagasaki vraiment souple.
Il se laissa installer à son tour dans un fauteuil. Le responsable se montra plus attentif avec lui, sans doute parce qu'il craignait un instant de panique de la part d'un profane. Si c'était le cas, il allait être déçu : Andreas était du genre blasé, et même si la sensation de compression qui alourdissait ses jambes était plutôt désagréable, il n'allait pas s'en plaindre. Il ne pouvait pas bouger, mais il conservait tout de même une grande partie de ses sensations, puisqu'on n'avait pas pris la peine d'insensibiliser ses nerfs. Peut-être pour rassurant les visiteurs. Ne pas pouvoir bouger ses orteils était en effet déjà assez angoissant comme ça.
Au signal du responsable, Andreas s'élança dans la maison, avec un peu plus de difficultés que son jeune collaborateur cependant. Le fauteuil était vraiment maniable, mais l'environnement qu'on lui proposait recelait trop d'obstacles pour en tirer pleinement partie. Il commença dans une cuisine qui ressemblait beaucoup à celle de sa mère, ce qui voulait dire qu'elle était beaucoup plus étroite que ce qu'il considérait comme étant normal pour une cuisine. Contourner la table pour se rendre au plan de travail, comme lui demandaient de faire les instructions, s'avéra plus compliqué que prévu, car les concepteurs avaient eu la bonne idée de placer une chaise dans le tournant. Puisque cela lui demandait trop d'efforts, il abandonna, préférant rejoindre directement M. Nagasaki. Cette fois-ci, c'était le couloir qui était étroit, puisqu'il avait à peine la place de faire passer son fauteuil, et il se demanda bien ce que cela signifiait. La plupart des logements à Pacydna étaient adaptés à la population en fauteuil, on ne pouvait pas dire que cette maison-ci fût très représentative de ce qui se faisait. À moins qu'on ne désirait créer une prise de conscience et rappeler aux habitants que la chance d'avoir un logement adapté n'allait pas de soi dans le monde entier. Andreas se souvenait à présent que le couloir de l'appartement où il avait grandi n'était pas beaucoup plus large que celui-ci, et il était encombré d'objets dont la famille avait besoin mais qu'elle ne pouvait ranger ailleurs. Il passa devant des toilettes minuscules et hautes qui étaient manifestement hors de sa portée, avant de rejoindre M. Nagasaki devant le plus grand problème de la maison : l'escalier. Ils étaient tous deux obligés de passer par là, mais les marches étaient si hautes qu'Andreas ne voyait pas comment il allait pouvoir les monter. Et bien sûr, aucune solution ne se présentait à eux.

« Une idée de ce qu'on peut faire ? » demanda Andreas en désignant les escaliers.

Il était d'avis qu'il fallait chercher un peu, mais il attendait de voir ce que M. Nagasaki lui proposait d'abord avant de se lancer. Après tout, c'était lui le génie œuvrant pour la cause des handicapés, et il était certain qu'il avait un regard encore plus critique que le sien sur la situation. Tout ce qu'Andreas voyait, c'est qu'il ne pouvait pas se déplacer comme il l'entendait, ce qui l'énervait plus qu'autre chose. Sa compassion atteignait trop facilement ses limites.
En attendant la proposition de M. Nagasaki, Andreas cherchait du regard un indice qui pouvait les guider vers le premier étage. Il devait certainement y avoir un ascenseur quelque part. Andreas en possédait un au Danemark, et les hauts immeubles étaient censés en être pourvus, il n'y avait pas de raison pour que ce ne fût pas le cas de cette maison. Mais en admettant que les concepteurs eussent décidé de s'en passer, ils avaient dû prévoir quelque chose qui leur permettrait de monter – une rampe, un passage spécial, n'importe quoi. Ils ne pouvaient pas être bloqués ici.


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De Makoto Nagasaki, humaniste Sam 20 Fév - 19:57
Makoto n'en était pas à sa première simulation du genre, et il commençait déjà à se déplacer un peu plus facilement dans la partie non adaptée de la maison. Enfin, facilement, tout était relatif. Les passages étaient plutôt étroits, en particulier au niveau des portes - peut-être était-ce parce qu'il n'était pas totalement habitué non plus, mais il trouvait cela difficile. Pire : il sentait que le sol n'était pas tout à fait droit à certains endroits, et perdait légèrement le contrôle de son fauteuil. Pourtant, Makoto continua. Cela ne faisait que renforcer sa conviction que plutôt que d'adapter la maison à l'handicap, mieux valait traiter le problème à la source. A terme, il escomptait bien rendre ce genre d'équipements obsolètes, car à ses yeux, cela stigmatisait un peu les personnes handicapées, obligées d'avoir des logements spécifiques pour ne pas être gênées. Les placards trop hauts, par exemple, ne seraient plus vraiment un problème pour elles, et c'est tant mieux car cela représente tout de même un gain de place intéressant lorsqu'on désire aménager une maison un peu petite. Il arriva devant la fin du parcours « non adapté », où se trouvait un escalier. Effectivement, en fauteuil, ça paraissait tout de suite plus difficile. Makoto avait entendu une fois l'histoire d'un jeune qui avait dû fréquenter une école non adaptée en dehors de Pacydna. L'école ayant refusé de procéder aux travaux nécessaires, il avait dû passer sa scolarité à monter les escaliers en se traînant, ce que Makoto avait trouvé scandaleux lorsqu'il avait pris connaissance de l'histoire. Et pourtant, elle était vraie, c'était ce qui la rendait effroyable. Une raison de plus pour le motiver à perfectionner son prototype.
Ce fut à ce moment-là que M. Korbemynn le rejoignit, beaucoup trop rapidement pour un novice en la matière, et Makoto le soupçonna d'être passé rapidement sur cette première étape. Cela lui déplaisait énormément, toutefois, il ne dit rien. Ils étaient dans une relation un peu particulière, désireux de faire des affaires l'un avec l'autre ; passer du temps sur les différents stands était une façon polie d'apprendre à se connaître sans risquer de commettre un impair, de créer un lien innocent avant de marchander. Maki savait qu'une fois qu'ils parleraient du véritable sujet, la conversation serait beaucoup plus difficile. Voilà pourquoi il préférait cette prise de contact légère et agréable. Voire même amicale.
Heureusement pour Andreas, Makoto connaissait la solution.
« Eh bien, ce n'est que la fin de la partie « non adaptée » du circuit. Il nous faut désormais rejoindre la seconde partie, vous voyez ce rideau ? » Makoto désigna un rectangle noir dans le fond du couloir. « C'est par là. »
Dans un geste qui trahissait une plus grande pratique que n'en avait M. Korbemynn, Makoto se porta à la fin du couloir, puis attendit M. Korbemynn avant de traverser le rideau. Les revoilà dans la même pièce qu'au départ du circuit, mais cette fois, les choses étaient différentes. Makoto le savait, car il connaissait un peu la structure du lieu. Il proposa à Andreas Korbemynn :
« Voulez-vous passer devant moi ? Nous aurons quand même du mal à passer les deux côte à côte, donc si vous vous sentez plus à l'aise, vu que c'est votre première fois, n'hésitez pas. »
Et peut-être était-ce aussi l'occasion pour Makoto d'observer le regard qu'Andreas Korbemynn posait sur le handicap - sauf que bien sûr, le jeune homme n'étant pas manipulateur pour un sou, cela ne lui vint même pas à l'idée. C'était une véritable politesse de sa part.
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De Andreas Korbemynn, vendeur d'idées Dim 21 Fév - 20:46
Peut-être parce qu'il prenait la simulation plus comme un jeu que comme un jeu de rôle, Andreas s'était persuadé qu'il fallait trouver se servir de sa cervelle pour trouver une solution aux différentes difficultés qui leur étaient proposées. Il ne cessait donc de chercher un interrupteur ou un passage secret qui leur permettrait d'atteindre l'inaccessible étage supérieur, reprochant intérieur aux concepteurs de ne pas avoir bien respecté les règles des jeux vidéos. Andreas se sentit quelque peu stupide lorsque M. Nagasaki lui annonça avec naturel qu'il s'agissait tout simplement de la fin de la première partie de la simulation, ce qui signifiait qu'ils n'avaient pas besoin de chercher des solutions. Tout ce qu'ils avaient à faire était de franchir ce rideau qu'Andreas avait pris pour la sortie de secours, ou bien la porte dérobée par laquelle le personnel entrait s'ils devaient intervenir sur l'attrac... la simulation. Il ne s'agissait pas d'un jeu, mais d'une mise en scène, et Andreas s'était comporté comme un imbécile en considérant qu'il était là pour s'amuser un peu. Le parcours qu'il avait réalisé, à présent qu'il se souvenait d'où il se trouvait, lui paraissait encore plus dramatique que lorsqu'il y était passé. Andreas n'y avait vu que des obstacles placés là pour gêner au maximum ceux qui passeraient par là, sans songer un seul instant qu'il y avait peut-être quelque chose de vrai là derrière. M. Nagasaki avait d'ailleurs peut-être noté la légèreté du comportement d'Andreas ; si c'était le cas, l'homme d'affaires l'avait très certainement déçu d'une façon ou d'une autre. Andreas se sentit obligé de se justifier d'une façon ou d'une autre :

« Oh, je pensais qu'on nous forçait à réfléchir à des problèmes quotidiens et à nous faire comprendre si on peut ou non surmonter ces obstacles facilement. Pour nous mettre davantage dans la peau d'un de ces pauvres hères. »

En un instant, Andreas venait de détourner l'attention de sa mauvaise interprétation de la simulation et de retourner la situation à son avantage en faisant croire qu'il n'avait pas oublié un seul instant l'objectif de la visite, et même qu'il savait mieux que les concepteurs comment y parvenir. M. Nagasaki ne serait peut-être pas dupe, mais ce message lui ferait peut-être comprendre qu'Andreas avait d'une façon ou d'une autre l'esprit de compétition – ce qui n'était vrai que dans une certaine mesure – et qu'il était plein de bonne volonté – ce qui était tout aussi vrai, mais à nuancer, car il commettait aussi beaucoup de maladresses lorsqu'il ne travaillait pas uniquement pour le profit.
Rejoignant son cadet à l'entrée du rideau noir, Andreas accepta de passer devant et entra dans une pièce qui ressemblait énormément à la cuisine par laquelle ils étaient entrés dans le circuit. Si proche, mais aussi si différente : même sans être finement observateur, les changements étaient notables. Les installations en hauteur avaient été retirées et remplacées par des tiroirs et placards dans les murs. Cela permettait de gagner de la place. Une pancarte expliquait que les rangements cachés dans le mur fonctionnaient grâce à un principe similaire aux briques de béton. Cette fois-ci, les concepteurs s'étaient montrés généreux avec l'espace, et Andreas les soupçonnait d'avoir légèrement agrandi la pièce sans en avoir l'air. Mais il est vrai que les éléments intégrés dans le sol, les colonnes dont les blocs de rangement pouvaient changer de place grâce à des boutons et la possibilité de bouger tous les éléments de la cuisine à distance y étaient peut-être pour quelque chose. On était proche du haut de gamme. Contrairement à la première fois, Andreas n'eut aucun problème à s'approcher du plan de travail, puisque la table et les chaises étaient repliées. Il y découvrit une robotique complexe permettant de cuisiner à la place du propriétaire. Il n'était cependant pas aussi perfectionné que celui qu'Andreas possédait. C'était rassurant : l'homme d'affaires n'avait pas choisi le premier prix, mais pourquoi les petites gens ne pourraient-elles pas en avoir aussi ? Ceci dit, Andreas se demandait si tous les habitants de Pacydna avait autant de confort. Pour autant qu'il en savait, une bonne partie d'entre eux vivaient dans des conditions assez primaires.
Mais on avait dit « maison adaptée », et même si cela faisait des siècles que le concept existait, les scientifiques ne pouvaient s'empêcher d'améliorer le système. Publicité déguisée, sans aucun doute, il devait y avoir du placement de produits là-dessous. Andreas se détourna et se rendit dans le couloir. Cette fois-ci, il avait été considérablement élargi, mais ce qui attira Andreas fut une pièce toute noire qui figurait auparavant une chambre. Apparemment, on proposait de voir ce que les scientifiques offraient aux non-voyants, ou plutôt de tester, car le terme voir était vraiment de mauvais goût. Andreas y pénétra, et découvrit qu'il pouvait se diriger à partir de sons émis par la pièce. Lorsque ses yeux furent habitués à l'obscurité, il remarqua également que des lueurs très faibles étaient censées simuler ce qui était prévu pour les non-voyants. Puis subitement, le mécanisme de son fauteuil s'actionna tout seul, et il fit le tour de la chambre sans se cogner à aucun objet, avant de ressortir avec facilité. Une fois la surprise initiale passée, Andreas s'était senti encore plus enthousiaste que s'il s'était trouvé dans le petit train d'une fête foraine.

« Vous avez vu ça ? demanda Andreas à M. Nagasaki. C'est vraiment le grand luxe. »

Et de la part de quelqu'un qui possédait des millions, cette remarque valait son pesant d'or.


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De Makoto Nagasaki, humaniste Lun 22 Fév - 17:54
Pour Makoto, il était de plus en plus clair qu'Andreas Korbemynn prenait la simulation à la légère, refusant de croire que l'on traitait de problèmes sérieux. Sans doute parce que ce dernier n'était pas Pacydnien de naissance - Makoto le savait, s'étant au préalable renseigné sur le sujet, la page Wikipedia d'Andreas Korbemynn ayant indiqué que l'homme était né au Danemark. Pourtant, l'homme parvint à défaire l'idée en utilisant son outil le plus précieux : la parole. C'était inouï de voir à quel point, en quelques mots, il paraissait à convaincre son auditoire qu'il avait toujours pensé ce qu'il disait, et que toute impression antérieure contraire était nécessairement fausse. Makoto avait beau savoir que tout le monde n'était pas aussi sincère que lui, Andreas faisait preuve d'une telle réactivité qu'il ne voyait même pas où se trouvait l'embrouille. Korbemynn était naturel, tout simplement - et éblouissant au point de le faire perdre toute capacité de jugement objectif sur sa personne. S'il avait pu s'en rendre compte, le jeune scientifique aurait été admiratif.
Au lieu de cela, il se contenta d'acquiescer avec le sourire de celui qui s'est persuadé qu'il a réussi à véhiculer son message.
Makoto laissa Andreas profiter des nouveaux équipements, même s'il remarqua quelques nouveautés depuis la dernière fois - comme la façon dont les blocs pouvaient bouger de place, ce qui était nouveau. Il était cependant d'accord avec Andreas quand celui-ci signala que c'était du luxe. Makoto acquiesça à nouveau, un peu de tristesse teintant cette fois son sourire.
« Vous avez raison, monsieur. De nombreux équipements sont disponibles, mais ils sont coûteux à fabriquer, et les fabriquants n'ont aucune envie de baisser leurs marges - de sorte qu'il est difficile pour la majorité des habitants de cette ville d'avoir accès à un tel degré de praticité. »
Le prix - voilà une des préoccupations qui intéressaient beaucoup Makoto, alors même qu'il n'était pas un économiste à la base. Il désirait vraiment que sa combinaison fût accessible au plus grand monde - le but étant alors de réduire au maximum la marge réalisée par les différents intervenants, tâche qui s'avérait ardue, car si Maki acceptait de n'être presque pas payé, ce n'était pas le cas de tout le monde. Il lui fallait aussi penser au coût de fabrication de son produit ; il ne pouvait lésiner sur les matériaux, le jeune homme mettant un point d'honneur à ce que son travail soit de qualité, mais du coup le prix montait. Makoto n'acceptait d'utiliser un produit moins cher que si celui-ci paraissait réellement plus efficace et sans risque pour la stabilité de l'appareillage. Ce n'était pas évident ; heureusement, il avait eu la chance d'observer son père pendant toute son enfance. Là où son génie seul ne suffisait plus, il pouvait compter sur ces nombreuses heures passées à regarder comment Nagasaki senior s'y prenait pour rentrer dans ses frais. Il avait ainsi pu constater que son père était bien moins honnête que lui et n'aurait sans doute pas hésiter à prendre des décisions que Makoto estimait inacceptables pour un scientifique qui se souciait du bien être de sa clientèle.
Makoto fit signe à Andreas de le suivre. A présent qu'ils étaient entrés dans la chambre noire, il restait une dernière étape dans leur circuit, mais pour cela, ils devaient quitter leurs fauteuils. Il le guida donc jusqu'au poste où des employés s'affairèrent pour les libérer, avant de leur tendre un casque et une paire de lunettes électroniques. Makoto expliqua rapidement à Andreas, après un regard concerté avec les techniciens.
« Une fois que nous passerons par cette porte-là, » Makoto désigna une nouvelle issue à quelques pas de là, nous nous trouverons dans un parcours censé représenter une rue dotée d'obstacles. Tour à tour, les appareils dont nous sommes équipés changeront pour nous faire expérimenter des problèmes auditifs - comme la surdité, mais pas uniquement - et visuels. Vous voyez, le boîtier que nous avons en main ? A chaque passage, il y aura un numéro indiqué sur le mur, il faudra le taper pour mettre en place la simulation. Si vous êtes prêts, nous pouvons y aller. »
Makoto savait que les employés ne voulaient pas qu'ils trainassent trop longtemps ici ; il fallait faire circuler tout le monde, après tout. Makoto pénétra donc dans la dernière portion du circuit, vit le petit 1 affiché sur le mur, et appuya sur le bouton approprié de son boîtier. Plusieurs tâches noires apparurent devant ses yeux, et le jeune homme commença à avancer, un peu décontenancé.
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De Andreas Korbemynn, vendeur d'idées Mer 24 Fév - 18:42
La sincérité de M. Nagasaki se confondait parfois avec une naïve innocence. La remarque anodine d'Andreas l'avait poussé à mettre le doigt sur ce qui posait véritablement problème avec toutes ces nouveautés : les investisseurs qui, comme Andreas, désiraient faire de ces objets des sources de revenus abondantes sans la moindre pensée pour les personnes qui en auraient eu besoin. Il n'y avait aucune accusation dans la voix du jeune scientifique, qui ne faisait qu'exposer un fait tel qu'il avait pu le constater. Cette neutralité n'empêcha pas Andreas de se sentir secrètement critiqué par M. Nagasaki. Il ne partageait pas le point de vue du jeune homme et aurait pu lui expliquer pourquoi ces marges odieusement élevées étaient nécessaires ; mais face au constat sincère du scientifique, Andreas ne se voyait pas donner ces explications sans donner de lui l'image d'un homme sans cœur. Il l'avait déjà remarqué : expliquer à une personne pauvre ayant désespérément besoin d'un médicament que l'on n'abaisserait pas le coût du produit d'un centime car cela représenterait un manque à gagner qui lui serait pourtant bien plus facile à supporter que pour la personne pauvre était difficile, pour ne pas dire impossible. Avec un soupçon de gêne, Andreas se détourna, se demandant si M. Nagasaki n'allait pas être une catastrophe sur le plan économique. Les idéalistes étaient souvent bien difficiles à convertir à la réalité, il leur fallait une défaite concrète pour comprendre, et le scientifique n'en avait vraisemblablement jamais fait l'expérience. Il apprendrait.
Le parcours touchait à sa fin. Ils ne firent pas de détour vers la salle de bain, qui ne contenait sans doute pas de nouveautés dans le domaine et se contentèrent d'arriver au poste où les techniciens leur retirèrent leur équipement. Les jambes d'Andreas mirent quelques secondes à retrouver toute leur vitalité : elles lui semblaient un peu endormies après tout ce temps passé sans bouger. Fort heureusement, il ne perdit pas l'équilibre, conservant ainsi toute sa crédibilité. Andreas pensait en avoir terminé avec le stand, mais les techniciens lui tendirent un casquette et des lunettes qu'il saisit sans trop savoir qu'en faire. M. Nagasaki, qui depuis le départ dirigeait leur visite, prit la peine de lui expliquer qu'ils allaient s'aventurer dans un nouveau parcours qui simulerait une rue. Un brin inquiet à l'idée de se cogner s'il se retrouvait dans le noir, Andreas ne put acquiescer :

« Après vous, monsieur. »

Il laissa M. Nagasaki franchir la porte, se disant qu'il pourrait toujours surveiller son cadet et anticiper certains des obstacles qui se présenteraient à lui. Avant d'appuyer sur le numéro 1, il regarda M. Nagasaki avancer avec hésitation et sut avec certitude que son pire cauchemar était arrivé : il allait devoir avancer sans se cogner. Andreas ne pouvait se permettre de prendre ce parcours à la légère comme la première fois, et rassembla son courage pour activer la première simulation. Il fut un brin soulagé de constater qu'il n'avait pas entièrement perdu sa vision, mais avancer dans le couloir n'était pas aisé pour autant. Andreas ne manqua pas de se cogner plusieurs fois à des mannequins en mouvement représentant des êtres humains ou des animaux de compagnie, et il faillit même se faire renverser par un vélo qui passait par là. Andreas accueillit la fin de cette première section avec soulagement.
Son courage fut une nouvelle fois mis à rude épreuve lorsqu'il se rendit compte que la deuxième section, l'audition allait être la nouvelle victime. Andreas devait traverser une rue passante en souffrant d'hyperacousie – le terme s'afficha sur ses lunettes pour lui décrire ce trouble. C'était très troublant, car les bruits étaient amplifiés, à la limite du supportable, et il devait essayer de trouver un chemin un peu plus tranquille. La section ne durait pas très longtemps, mais à peine Andreas en était-il sorti qu'il se sentit très soulagé.

« Mon dieu, c'était éprouvant, commenta-t-il à voix basse, incapable de supporter sa propre voix au volume normal. Vous allez bien, M. Nagasaki ? »

Le scientifique étant plus jeune que lui, Andreas pensa qu'il se remettrait sans doute plus rapidement que lui, mais il tenait tout de même à prendre cette peine, au cas où M. Nagasaki était particulièrement sensible aux sons trop élevés. Il attendit lui-même de se sentir rétabli avant d'engager la troisième section, consacrée au strabisme. Andreas avait non seulement perdu la capacité à voir les reliefs, mais en plus, sa vision était étrangement dédoublée, ce qui était désagréable. Toutes ces sections allaient finir par lui donner le mal de crâne et lui couper l'appétit. L'envie de fermer les yeux et d'avancer à l'aveuglette était forte, mais pas autant que celle de retirer les lunettes pour voir correctement. Il se sentit légèrement nauséeux, à force d'avancer sans vraiment distinguer ce qui l'entourait, et il continuait à se cogner à des obstacles difficilement visibles. Andreas se demanda s'ils n'avaient pas également touché à la vision des couleurs, mais il n'avait pas vraiment de preuve à avancer. À la fin de cette troisième section, il décida de prendre une pause, par crainte de ce qui l'attendait par la suite :

« Cela ne vous dérange pas si je me repose quelques minutes ? demanda Andreas en se posant contre le mur. Heureusement que j'ai l'estomac vide, je crois bien que je pourrais tomber malade si je restais exposé trop longtemps à ces manifestations visuelles. C'est vraiment possible, de voir si mal ? »

Sa question était pure rhétorique : il savait très bien que les concepteurs n'avaient rien inventé. Ce qu'il vivait n'était peut-être pas la réalité exacte, car Andreas n'affrontait qu'une reconstitution, mais le réalisme était époustouflant. Il ne s'était pas rendu compte de tout ce qu'il avait pu éviter dans sa vie et commençait à comprendre la chance qu'il avait d'être né valide. En comparaison, avoir réussi dans les affaires semblait presque facile.


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De Makoto Nagasaki, humaniste Ven 26 Fév - 22:44
Makoto ne remarqua pas qu'Andreas semblait gêner de le voir dénoncer le système. Il avait encore beaucoup à apprendre, c'est manifeste ; il ne savait pas encore décoder les intentions de son interlocuteur. Pourtant, il aurait pu se méfier, sachant qu'Andreas Korbemynn appartenait précisément au monde des financiers dont il faisait le blâme ; il aurait pu se dire que, peut-être, M. Korbemynn verrait dans sa dénonciation la simple plainte d'un jeune homme sans expérience, manquant de maturité malgré son intelligence ; il aurait pu adoucir un peu le propos pour être certain que sa critique ne saurait accuser son interlocuteur, peu importe l'identité de celui-ci. Cependant, Maki ne savait pas faire cela. Il savait penser à l'aspect économico-financier de ses projets, mais sans aller au bout de sa pensée, peut-être. Ma foi, même un surdoué avait ses limites. C'était donc persuadé de n'avoir rien dit qui eût pu dérangé Andreas Korbemynn que Makoto commença la fin du parcours. La deuxième section fut tout aussi difficile que la première, et Makoto se désola de n'avoir aucune solution à proposer aux personnes qui souffraient de ce problème. Hélas, il ne pouvait pas faire des miracles et n'avait pas donc le don d'ubiquité. Il était donc obligé de se concentrer d'un unique problème, et celui-ci se révélait plus complexe qu'aucune de ses précédentes réalisations, y compris parmi les complexes projets montés avec Nagasaki père. Pourtant, les troubles auditifs lui paraissaient vraiment à la limite du surmontable. Sans doute, le jour où il aurait le temps de se consacrer à un autre travail, essayerait-il de se pencher sur la question.
A la fin de la section, Makoto prit le temps de s'arrêter quelques secondes, le temps de permettre à ses oreilles de surmonter le choc. Ce n'était guère confortable et il y avait fort à parier que la prochaine simulation serait visuelle, cette fois, afin de ne pas brusquer les choses. Cependant, le temps qu'il s'arrêtât, Andreas Korbemynn le rejoignit, se plaignant de la sensation. Makoto se permit un léger sourire amusé.
« Vous avez raison, c'est éprouvant. »
Il continua à nouveau dans la section suivante, avant de voir Andreas s'arrêter, semblant définitivement à bout de force. Au fond, Makoto le comprenait : il avait lui-même un peu le cœur sur les lèvres. Mais sans doute avait-il l'avantage de la jeunesse. Il pouvait encore continuer, d'autant plus motivé par son envie de comprendre ce que quelqu'un comme lui ne pouvait pas vraiment comprendre seul. C'était triste, mais c'était ainsi. Il fallait profiter de cette opportunité extraordinaire qui leur était offerte ; d'autant plus qu'elle était très coûteuse à mettre en place et qu'il s'agissait donc d'une initiative unique. On y avait mis les moyens, essayant de tirer pleinement partie des dernières technologies permettant un maximum de réalisme.
« C'est malheureusement possible, monsieur, expliqua Makoto d'un ton navré. Si vraiment vous vous sentez trop mal, n'hésitez pas à emprunter une des issues de secours ou à appuyer sur le bouton d'appel. N'ayez pas honte, beaucoup le font. Il ne reste que deux simulations après cela, je vais continuer et je vous attendrai dehors, d'accord ? »
Sans doute aurait-il été plus poli de rester aux côtés de M. Korbemynn le temps que celui-ci se reposât, mais Makoto était beaucoup trop impatient de tester les dernières sections. Avec une impatience légèrement malsaine, peut-être, mais jamais méchante. Makoto pénétra dans la zone suivante en appuyant sur le bouton 3, provoquant une simulation de cataracte. Après avoir galéré parce qu'il n'y voyait pas grand-chose, Makoto arriva enfin à la dernière section, simulant une surdité partielle.
Enfin, Makoto arriva au bout d'un parcours et laissa les gens s'occuper de le débarrasser de son casque et de ses lunettes. Devant désormais attendre qu'Andreas sortît à son tour du circuit, il se posta près de la sortie, discutant un peu avant le collègue responsable du stand pour lui faire part de son avis sur l'expérience, les possibilités d'amélioration et les points positifs d'une telle initiative.
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De Andreas Korbemynn, vendeur d'idées Mar 1 Mar - 14:22
Andreas sentait bien que, dans l'enthousiasme de la découverte, M. Nagasaki aurait volontiers continué à avancer sans tarder, déjà remis de ses émotions, mais sa bonne éducation lui avait permis de surmonter cette envie et de prendre le temps de voir si Andreas parvenait à s'en remettre à son tour. Ceci dit, Andreas avait l'impression qu'aux yeux de M. Nagasaki, son grand âge – alors qu'il n'avait pas le double du sien – faisait de lui un vieillard faible et sénile. L'intention était sincèrement gentille, mais aussi cruellement maladroite. Andreas n'était pas faible au point de devoir s'arrêter en empruntant une issue de secours, mais déjà, le jeune scientifique s'en allait à la section suivante, sans l'attendre. Andreas en ressentit un certain agacement : il fallait toujours que les jeunes de vingt ans le considérassent comme un homme décrépi, alors qu'il était encore jeune. Il n'avait jamais eu l'intention d'abandonner, simplement de prendre le temps de récupérer son équilibre et d'apaiser le mal de crâne qui menaçait, mais face à cette réaction, Andreas retrouva toute l'énergie nécessaire pour revenir à l'assaut des autres sections. Il allait voir, ce jeune blanc-bec, et surtout, il allait apprendre à ne pas sous-estimer Andreas.
L'avant-dernière section, consacrée à la cataracte, lui parut subitement plus facile, mais Andreas ne savait pas s'il trouvait ce trouble plus supportable que l'hyperacousie ou s'il était tout simplement remonté à bloc. Probablement un mélange des deux. Malgré son envie d'avancer le plus vite possible, lorsqu'il arriva à la dernière simulation, il ne retrouva pas M. Nagasaki, et il comprit que celui-ci avait déjà terminé. Parce qu'il était parti plus tôt, ou parce qu'il était plus jeune que lui... non, il ne devait pas penser à cela. L'âge avait toujours préoccupé Andreas, mais il se sentait plus jeune aujourd'hui que dix ans plus tôt, plus fort également, car il avait eu le temps d'accumuler de l'expérience. La surdité partielle qui lui était proposée comme dernier handicap le perturba un peu plus que la cataracte, sans doute parce qu'il se forçait à entendre des sons qui étaient trop bas pour lui. Il ne manqua pas de se prendre quelques obstacles dans les jambes, mais il n'en était plus à un stade où cela le gênait vraiment.
Enfin, Andreas accueillit avec soulagement la fin du parcours, tout en se gardant bien de le soupirer afin de ne pas paraître trop faible aux yeux des techniciens qui le débarrassaient de son matériel. Les couleurs lui paraissaient plus vives et le son plus fort, ce qui n'était guère étonnant après l'atmosphère étouffée de la dernière simulation. Il avait l'impression d'avoir enfin réussi à se déboucher les oreilles, sensation ô combien agréable après les avoir senties bouchées par du coton. Cherchant ensuite du regard M. Nagasaki, il fut surpris de voir que celui-ci semblait s'attendre à ce qu'il sorte du parcours, comme s'il avait compris qu'Andreas n'abandonnait pas si facilement. À moins que les issues de secours ne donnassent sur la même sortie, bien sûr. Il semblait inutile à Andreas de chercher à comprendre, sachant que cela l'amènerait sans doute à entrer puérilement en conflit avec le scientifique, et se dirigea vers lui comme s'il n'avait pas été quelque peu vexé par sa sollicitude. Le voyant venir, le technicien du stand le salua avant de repartir travailler, peut-être par peur d'être entraîné dans une conversation qui le détournerait de son labeur. Affichant un air de sereine confiance, Andreas fit part de ses impressions à M. Nagasaki :

« Eh bien, c'était une simulation vraiment impressionnante. Je ne sais pas si c'est exactement la réalité ou non, mais on y croit totalement. Ma foi, on ne s'attend pas à ce qu'il y ait tant de choses qui puissent nous gêner au quotidien. Quelle chance nous avons, tout de même, de bien voir et bien entendre. »

La fin de la dernière phrase laissa entrevoir un soupçon d'hésitation. Maintenant qu'il y pensait, Andreas ne pouvait être sûr à 100% que l'audition et la vue de M. Nagasaki étaient aussi parfaites que la sienne. Rien dans son dossier ne le désignait comme handicapé, et il n'avait pas l'un de ces robots qui accompagnaient les maudits, ce qui ne signifiait pas qu'il n'avait pas de problèmes de santé. M. Nagasaki aurait très bien pu porter des lentilles sans que personne n'en sut rien. Mais il se faisait sans doute des films pour rien.
Jetant un coup d'œil à sa montre, Andreas fut surpris de voir qu'il était pratiquement midi. Entre le moment où il avait rencontré M. Nagasaki, celui où il était entré dans la première simulation et celui où il était sorti de la dernière, le temps avait filé à une vitesse ahurissante. Pas loin d'une heure. L'heure de la démonstration de M. Nagasaki approchait, et puisqu'il était inconvenant que le scientifique y arrivât en retard, il était grand temps de prendre une pause déjeuner. L'estomac d'Andreas était vide, curieusement insensible aux manifestations sonores et visuelles qui avaient perturbé sa tête quelques minutes plus tôt. La fin du parcours avait été un peu plus reposante, ce qui expliquait qu'Andreas commençait à ressentir de la faim. Il ne savait pas si c'était le cas de son camarade, mais il était plus poli de demander :

« Que diriez-vous d'aller manger un morceau ? Il y a des sandwichs à deux pas d'ici. »

Andreas ne se dit pas qu'il pouvait paraître étrange qu'un homme comme lui pût manger des sandwichs. Les gens se faisaient facilement des films : ce n'est pas parce qu'il était riche qu'il était incapable d'apprécier les plats plus simples vendus à moindre coût au plus grand nombre. Les saveurs n'étaient peut-être pas les meilleures, mais elles étaient acceptables. Sans compter qu'Andreas aimait vraiment les sandwichs : ce genre de casse-croûte était facile à faire et se mangeait sur le pouce même en plein travail. Le plat parfait pour se sustenter sans perdre de temps, en définitive.


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De Makoto Nagasaki, humaniste Jeu 3 Mar - 21:46
Makoto était en train de discuter tranquillement avec son collègue responsable du stand lorsque celui fit un signe et s'éloigna. Le jeune homme se retourna pour apercevoir Andreas Korbemynn sortir du parcours, et les sourcils du jeune homme se froncèrent d'inquiétude, en se demandant si l'homme avait réussi à s'en sortir correctement. Loin de lui l'idée de le considérer comme vieux : à vingt-et-un ans, Makoto se considérait comme un gamin, mais un trentenaire était à ses yeux un adulte dans la fleur de l'âge. Simplement, il avait bien vu les difficultés rencontrés par son futur partenaire pour finir le parcours. Il avait mis un peu plus de temps, du coup, de sorte que Makoto avait eu le temps d'exprimer ses idées, mais n'avait pas pu les développer suffisamment pour que la conversation fût suffisante, et la discussion avec le technicien lui laissa un goût d'inachevé. Il sourit et s'avança vers Andreas, cependant, comme si de rien n'était. En l'observant, Andreas Korbemynn avait cependant l'air de se porter comme un charme, et dégageait la même aura de confiance que d'habitude. Sans doute était-il resté un peu plus longtemps à l'abri des regards pour se donner cette contenance ; c'était ce que Makoto aurait fait à sa place, en tout cas, afin de sauvegarder les apparences, et parce qu'il était assez fragile sur ce plan et avait besoin de se préparer à l'avance. M. Korbemynn semblait donc parfaitement bien, ce qui acheva de le rassurer.
L'essentiel était de voir que le Danois était enthousiaste suite à cette expérience et la trouvait bien faite ; l'objectif était donc atteint, et Makoto loupa complètement la note d'hésitation dans sa voix. Il n'était pas assez doué pour détecter ce genre de choses et de toute façon, il savait qu'il voyait et entendait très bien, il n'y avait donc pas de doute à avoir. Ce fut cependant sa naïveté qui donna de façon détournée à Andreas la réponse qu'il attendait.
« Eh bien, nous faire prendre conscience de ce genre de choses est le but de telles initiatives. C'est ainsi que l'on peut comprendre quels sont les besoins des personnes que l'on souhaite aider, vous comprenez. »
Makoto lui-même avait parlé avec un certain nombre de personnes qui étaient gênées dans leur mobilité, d'une façon ou d'une autre, pour leur demander de lui relater leurs expériences, leurs peurs, leurs désirs profonds, leurs exigences pour un avenir meilleur. On avait parfois une vision des choses (surtout quand on s'appelait Makoto Nagasaki et que l'on avait du mal à comprendre les autres) qui ne collait pas nécessairement à la réalité, et il était alors nécessaire de corriger le tir. Makoto avait beaucoup appris, y compris sur le plan humain. C'était sans doute ce qu'il aimait le plus dans son métier, peut-être - à part la phase technique qui était elle aussi très enrichissante, mais dont l'intérêt peut paraître plus difficile à saisir pour nous autres profanes.
Makoto sursauta en prenant compte de l'heure. Sa présentation approchait à grands pas, et il n'était pas sûr d'être tout à fait prêt. Le fait de parler devant un public était toujours un peu angoissant, et le jeune homme s'était longuement entraîné pour ne pas laisser transparaître cette gêne. Il parlait lentement, en accentuant chaque syllabe avec soin, en détachant bien les mots, et en ne fixant jamais personne. C'était un entraînement nécessaire : dans d'autres circonstances, il se serait sans doute contenter de tout réciter d'une traite, sans prendre le temps de respirer, et aurait été encore plus incompris que d'habitude. Mais le plus important, pour l'heure, était de manger ; et la proposition d'Andreas tombait donc à pic.
« Oh, oui, évidemment. Ensuite, je devrai sans doute retourner à mon propre stand pour régler les derniers détails avec mon staff, mais vous pouvez rester si vous êtes curieux. »
Makoto ne le forçait pas à rester, de toute façon, il ne pensait pas que cela pouvait vraiment intéresser Andreas. Il se mit donc en route, le Danois à ses côtés, vers la restauration du salon, allant se chercher un sandwich. Ce genre de nourriture ne le dérangeait pas du tout ; quand il travaillait toute la journée, cela constituait l'essentiel de ses repas, car c'était pratique, rapide à manger et ne nécessitait rien pour réchauffer. Il ne voyait cependant pas M. Korbemynn s'en nourrir, mais c'était cela qui rendait la chose intéressante, après tout.
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De Andreas Korbemynn, vendeur d'idées Dim 6 Mar - 15:16
En rappelant à son jeune collègue qu'il était l'heure d'aller déjeuner, Andreas avait involontairement rappelé à M. Nagasaki que l'heure de sa présentation approchait. Comme souvent à cet âge-là, le scientifique paraissait légèrement tendu à cette perspective, sans doute parce qu'il n'avait pas encore tout à fait pris l'habitude de parler en public. Il avait dû s'entraîner pour s'adapter aux exigences de l'exercice, mais rien ne permettait de calmer le stress. Au départ, Andreas ressentait un peu le même genre de choses : il avait l'impression que son estomac se serrait et que sa respiration avait du mal à faire entrer de l'air dans les poumons. Mais il se sentait tout à fait à l'aise désormais : Andreas était angoissé plutôt par les résultats que par le fait de parler en public. Au bout d'un moment à faire bien une chose, on commençait à acquérir un peu de confiance en soi. M. Nagasaki avait tout le temps pour cela. En revanche, il n'avait pas vraiment le temps pour manger, ce qu'il rappelait à son aîné avec sa politesse habituelle. Andreas prit un air compatissant avant de poser la main sur une de ses épaules :

« Essayez de ne pas trop y penser pour le moment, cela ne ferait que vous stresser et gâcherait le goût de votre repas. Venez, on y va. »

Ils prirent tous deux la route du stand de sandwich. Andreas avait lâché l'épaule de M. Nagasaki, qui risquait d'être gêné par un contact un peu trop familier. Sans compter qu'il pouvait s'en vexer et considérer l'attitude d'Andreas comme un manque de confiance en ses capacités plutôt que comme une preuve d'amitié. Inconscient de la curiosité du scientifique à l'égard de son régime alimentaire, Andreas ne pensait pas du tout à ce qu'il allait manger. Il ne pensait d'ailleurs même pas à son travail, mais au jeune Nagasaki qui faisait ses premiers pas dans le monde des affaires. Andreas se souvenait avec émotion de ses propres débuts, et il était bien content d'avoir passé cette étape, car elle n'était pas agréable. Contrairement au scientifique, Andreas n'avait aucune légitimité, pas de nom à mettre en avant, et même pas de capacité qui pourrait lui être utile. Tout ce qu'il avait pour lui était son imagination et sa débrouillardise, mais cela s'était avéré suffisant pour se lancer. Il ne faisait donc aucun doute que M. Nagasaki, qui partait avec des bases bien plus solides, n'aurait de son côté aucun problème à engager sa carrière. À condition, bien sûr, qu'il ne fût pas trop naïf.
Le stand était déjà assez fréquenté, mais Andreas se rendit bien vite compte que la foule arrivait plutôt après eux. Pour les occasions extraordinaires, la plupart des gens ne pensaient pas à venir manger le plus tôt possible pour éviter les queues : ils venaient quand il le fallait. C'était une chance pour eux. Andreas passa le premier et commanda un sandwich aux épinards à la crème et aux morceaux de saumon, ainsi qu'un yaourt à boire pour le dessert. Ce n'était pas grand chose pour un repas, et ce n'était d'ailleurs même pas le sandwich le plus cher, mais cela lui suffirait. Il paya, puis sortit de la file pour attendre M. Nagasaki à l'extérieur. Il aurait sans doute dû payer pour lui, mais Andreas ne voulait pas gêner celui-ci en lui proposant une offre qu'il allait forcément refuser. Il ne toucha pas à son casse-croûte, et lorsque le jeune homme revint vers lui, Andreas lui montra une table et deux chaises au bout de la terrasse improvisée du stand, où ils seraient tranquilles.

« Venez, on va s'asseoir là-bas. Nous pourrons discuter si vous le voulez. »

Andreas attendait beaucoup de ce déjeuner d'affaires. Il avait l'habitude de ceux-ci : bon nombre de personnes trouvait plus convivial de discuter autour d'un bon repas plutôt que d'un bureau, ce en quoi Andreas leur donnait plutôt raison. Avec des sandwichs, la convivialité devait être maximale, car aucun d'entre eux ne tentait d'impressionner l'autre par son argent. Les prix étaient si abordables, de toute manière. Mais surtout, ils pourraient parler de façon plus personnelle, et notamment de leur vie privée. Andreas n'allait pas tout déballer sur lui, il était tout de même un peu plus retenu, mais il y avait des sujets qui marchaient à tous les coups : les compagnes et compagnons de chacun et chacune, les enfants, la maison... Avec un homme aussi jeune que M. Nagasaki, ces sujets seraient peut-être plus difficiles à aborder, mais il y en avait bien d'autres qui fonctionneraient. Par exemple :

« Alors, comment va votre famille, monsieur Nagasaki ? »


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De Makoto Nagasaki, humaniste Lun 7 Mar - 16:40
Makoto ressentait une certaine inquiétude à l'idée de savoir sa présentation si proche. Bien sûr, il l'avait travaillée et l'avait fait corriger par plusieurs personnes, certaines totalement profanes qui s'étaient chargées de lui dire si ce qu'il disait était compréhensible, d'autres qui lui avaient fait part de leurs propres expériences pour lui expliquer si ce qu'il faisait était bien ou non. Makoto était jeune ; il ressentait le besoin d'obtenir des échos sur son travail dans ce domaine qu'il ne maîtrisait que très peu. Et sans doute M. Korbemynn s'en était-il rendu compte ; il l'enjoignit à ne pas y penser et à se concentrer essentiellement sur le repas, et Makoto acquiesça doucement, le remerciant de son attention. Andreas Korbemynn avait une certaine expérience en matière de communication, donc le conseil était bon, et attentionné qui plus est. Makoto se félicita de l'avoir invité à venir le voir au salon, et à l'avoir aperçu plus tôt. Sa présence le calmait, un peu comme pouvait le faire son père - il y avait quelque chose d'adulte en Andreas qui manquait cruellement à Makoto, parce qu'il était trop jeune, parce qu'être surdoué ne faisait pas de vous un être exceptionnel capable de transcender l'âge. Makoto avait encore cette fragilité caractéristique des jeunes adultes qui se cherchent, ne parvenant pas vraiment à se considérer comme faisant pleinement partie du monde des grands, mais sans pour autant pouvoir se rattacher à l'adolescence. Un temps que Makoto n'avait d'ailleurs presque pas vécu - pourquoi faire une crise, alors qu'il obtenait de son père ce qu'il désirait, à savoir la reconnaissance de ses compétences et la possibilité de travailler avec lui.
Il n'était pas un enfant facile pour autant. Simplement, il posait d'autres problèmes que les jeunes gens de son âge.
L'attente ne fut pas très longue, et Makoto laissa Andreas choisir en premier. Timide, il ressentait le besoin de prendre un peu plus de temps avant de choisir : non pas qu'il ne fût pas sûr de son choix, évidemment ; mais il lui manquait simplement la force de s'assumer et d'assumer son envie. Curieusement, ce n'était pas chose si facile. Makoto opta pour un sandwich au poulet et au miel accompagné d'une pomme ; très simple, en somme, mais relativement équilibré. Il rejoignit ensuite Andreas Korbemynn qui lui désigna une table où il pouvait s'asseoir, et Makoto s'y installa avec une légère appréhension. En vérité, il ne savait pas trop que faire : devait-il aborder le cœur de leur relation, ou au contraire se contenter de meubler le silence d'une simple discussion sans conséquences ? Fallait-il se montrer totalement ouvert, ou gruger ? Leur rencontre ne correspondait pas exactement aux cadres habituels d'un rendez-vous d'affaires ; Maki gérait déjà assez mal ces derniers, alors une discussion informelle l'angoissait plus, et il eut du mal à commencer son sandwich tant l'inquiétude lui nouait l'estomac.
Fort heureusement pour lui, M. Korbemynn prit l'initiative en se renseignant sur l'état de sa famille. La tension disparut presque totalement des épaules de Makoto, qui se rendit compte qu'il était alors crispé jusque là. Makoto se surprit donc à répondre avec aisance :
« Elle se porte à merveille, monsieur. Mon père travaille actuellement sur un projet très rentable qui devrait à nouveau révolutionner le marché - c'est tout le mal que je lui souhaite - mais qui est malheureusement trop confidentiel pour que j'aie quelque information à son propos. Mais sa santé est très bonne, de même que celle de ma mère. Les affaires vont bien, voyez-vous. »
Et par affaires, Maki ne voulait pas seulement parler des finances et des travaux de recherche des Nagasaki, même si ceux-ci avaient très certainement encore de beaux jours devant eux. Il voulait englober par ce terme tout ce qui avait trait à ses parents : leur santé, leur bonheur personnel, leurs rêves. Il était fier d'eux, fier de ce qu'ils avaient fait de lui. L'amour que Makoto éprouvait pour ses parents était inconditionnel, même si, sur le plan éthique et scientifique, il avait tendance à s'opposer à son père. Cela ne changeait nullement le fait qu'il aimait profondément ce dernier et respectait ses positions ; il avait simplement choisi d'œuvrer autrement.
« Et vous, monsieur Korbemynn ? »
Il aurait voulu développer un peu plus pour ne pas avoir l'air de se contenter de retourner la question, toutefois, il ne voyait pas comment alors qu'il ne savait rien de lui. Il ne savait même pas si l'homme avait une femme et cela l'attristait profondément de penser que la question pourrait peut-être le vexer dans le cas où il aurait été célibataire. D'où sa prudence excessive.
Ayant retrouvé l'appétit, Makoto commença enfin à attaquer son sandwich.
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De Andreas Korbemynn, vendeur d'idées Jeu 10 Mar - 20:16
Prendre le temps de déjeuner ensemble autout d'un repas simple et accessible à toutes les bourses était une très bonne idée : M. Nagasaki se détendait, oubliait sans doute l'épreuve qui l'attendait tout à l'heure, pour se concentrer sur sa nourriture et la discussion que menait très calmement Andreas. Ce dernier avait craint que le stress de la présentation et l'appréhension de se trouver à table avec l'un des plus grands dirigeants mondiaux couperaient l'appétit du jeune homme, mais cette peur s'était révélée infondée. M. Nagasaki avait oublié tous ses problèmes en un instant. Au moins, ses soucis ne s'enracinaient pas en lui, il pouvait les laisser de côté quelques instants, le temps de répondre à une question polie. Andreas fut bien sûr ravi d'apprendre que la famille Nagasaki se portait bien. Il n'était pas cruel au point de souhaiter des malheurs à d'éventuels concurrents. Il comprenait que le fils Nagasaki ne dît rien des affaires, trouvant l'attitude aussi raisonnable que nécessaire.
Jusque là, tout allait bien, mais le scientifique avait eu la bonne idée de lui retourner la question, mettant sans le savoir l'homme d'affaires dans l'embarras. Il ne se voyait tout simplement pas expliquer ses problèmes à un inconnu, d'autant plus que ledit inconnu ignorait tout de sa vie personnelle. Il y avait pourtant bien des choses qui n'allaient pas dans la vie d'Andreas : sa femme qu'il aimait malgré la distance, mais qui lui reprochait son absence et l'accusait de l'éviter ; sa mère, toujours un peu folle, dont il fallait s'occuper parce qu'elle n'avait plus toute sa tête ; l'enquête qu'il avait commandée à M. Narcys, qui malheureusement ne pouvait s'achever en quelques minutes ; son entreprise, qui allait bien, mais qui ne prospérait pas assez à son goût. Tout cela, autant de problèmes qu'Andreas devait gérer au quotidien sans avoir le droit de s'en plaindre, car sa situation restait bien plus enviable que celle de bien des gens. Cela ne signifiait pas qu'il n'était pas affecté par ces petits tracas. Il n'allait cependant pas l'avouer.
Tout cela, M. Nagasaki n'avait pas besoin de le savoir ; il ne devait même pas le savoir, pas peur que cela n'altère le jugement qu'il portait sur Andreas et ne l'amènât à reconsidérer la confiance qui lui accordait.

« Ma foi, je ne peux pas me plaindre, répondit Andreas en haussant les épaules. La santé va, l'entreprise va, la famille aussi, que demander de plus ? »

Il avait failli oublier de parler de sa famille, qui justement n'allait pas, mais Andreas s'était rattrapé à la dernière minute, sachant très bien que cet oubli ne passerait pas très bien après avoir parlé de la famille Nagasaki. Andreas poursuivit ensuite par quelques banalités sur son travail : il ne pouvait pas se plaindre de ses actionnaires, qu'il avait habitués à suivre ses décisions, ni de ses employés, qui faisaient bien leur travail. Il ajouta ensuite, comme un petit sous-entendu à la situation dans laquelle il se trouvait :

« Il faut dire que j'ai de la chance d'être à Pacydna, cette ville est une véritable source d'inspiration. Depuis que je suis ici, je me sens remis à neuf. Un peu comme si j'avais la possibilité de voir des opportunités qui étaient autrement cachées derrière des portes closes, vous voyez ? »

Rien d'étonnant à cela : Pacydna était un nouveau public, un nouveau terrain de jeu pour Andreas, un endroit où il pourrait redémarrer sa carrière et renouer un peu avec son passé de visionnaire. Il avait besoin de ce changement pour se sentir renaître et recharger ses batteries. C'était une étape essentielle à sa vie.
M. Nagasaki n'aurait sans doute pas cette possibilité. Il était né et avait grandi à Pacydna, et suivant la tradition de ses habitants, il n'en partirait probablement jamais. Il avait eu directement accès à ce formidable laboratoire et n'avait aucune raison d'aller s'en chercher un autre qui présenterait moins d'intérêt. On pouvait le jalouser pour cette chance, mais Andreas ne voyait pas les choses de la même manière. Il pensait qu'il était le plus chanceux des deux : en partant de plus bas, il n'avait eu comme seule possibilité qu'une ascension phénoménale vers les étoiles. Pacydna, c'était un peu sa cerise sur le gâteau et, il espérait, une apogée sans cesse repoussée plus haut. Il savait qu'il était capable de s'émerveiller de ce microcosme avec plus de profondeur que ceux qui y avaient toujours vécu.

« Vous n'êtes jamais parti à l'étranger, je présume ? demanda Andreas. Une carrière à l'internationale ne vous a jamais tentée ? » Une pause, puis il rajouta : « Si jamais vous le désiriez, je pourrais vous propulser là où vous le voudriez en un rien de temps. »

La proposition d'Andreas, honnête, n'avait rien de désintéressé : l'homme d'affaires avait déjà calculé tous les avantages et conséquences qu'un tel plan représenterait. Les risques seraient maîtrisés et les profits optimisés. Mais cela ne correspondait sans doute pas aux projets de M. Nagasaki qui, pour l'instant, avait paru bien plus modeste dans ses ambitions. Et cela ne faisait pas non plus partie des objectifs immédiats d'Andreas. Mais en lui faisant une proposition bien alléchante, Andreas désirait tester le scientifique, tâter le terrain pour voir ce qu'il désirait vraiment. Aider les autres était une motivation bien noble, mais ce n'était pas incompatible avec des objectifs bien plus personnels. Peut-être le jeune homme s'en rendrait-il compte – alors Andreas aurait tout gagné.


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De Makoto Nagasaki, humaniste Mer 16 Mar - 12:20
Makoto mangeait avec entrain. Tous ses soucis semblaient s'être temporairement envolés, ce qui lui permettait de goûter à une tranquillité bien méritée. De plus, il était désormais certain d'avoir réussi à entretenir de bonnes relations avec Andreas Korbemynn, en lui retournant poliment la question : oui, c'était ce qu'il devait faire après que celui-ci eût daigné s'intéresser à sa propre famille. Maki y voyait là le signe d'un véritable échange, un échange qui en valait vraiment la peine. Et cela, c'était rare : habituellement, ce type de partage ne pouvait se produire que lorsqu'il avait affaire à un collègue scientifique et qu'ils discutaient de leurs travaux respectifs. Makoto maîtrisait alors parfaitement son sujet, ce qui lui permettait de se lancer dans une discussion constructive. Il était moins à l'aise sur le plan social ; et pourtant, il se sentait plutôt bien avec M. Korbemynn. L'homme devait avoir le don de mettre son interlocuteur à l'aise, ce qui arrangeait parfaitement le jeune Pacydnien. Il n'avait cependant pas conscience que sa question pouvait se révéler problématique : certes, peut-être qu'Andreas Korbemynn avait des problèmes, mais il devait forcément y avoir une façon de répondre tout en respectant les règles de la politesse, n'est-ce-pas ? Il en était si persuadé qu'il n'envisagea pas un seul instant que le Danois pût être mal à l'aise à cause de son interrogation.
De toute façon, tout semblait aller pour Andreas, n'était-ce pas l'essentiel ? Avalant une bouchée de son sandwich au poulet, Makoto acquiesça joyeusement. Il ne remarqua même pas que M. Korbemynn faisait passer l'entreprise avant la famille, ce que certains interprèteraient volontiers comme un lapsus ; pour lui, c'était simplement une façon de présenter les choses qui en valait une autre. Pauvre Maki, toujours à côté de la plaque, décidément.
La bouche enfin libre, il répondit :
« Tant mieux, alors. C'est l'essentiel. Et je comprends ce que vous voulez dire, monsieur : ici, on ne se cache pas la face sur les véritables problèmes. »
Ce n'était pas tout à fait vrai, les secrets étant aussi lourds à Pacydna qu'ailleurs. D'autant plus que Makoto connaissait bien sa ville : elle n'avait rien de brillante ni de joyeuse. Mais il concevait parfaitement l'intérêt de M. Korbemynn pour elle, car il correspondait à ce que lui-même voyait dans la cité : c'était une forme de zone protégée qui faisait ressortir certains aspects de l'humanité que l'on avait tendance à ignorer ailleurs. Ce n'était pas pour rien que le salon du handicap s'y trouvait. Le handicap avait ici une visibilité que l'on ne trouvait nulle part ailleurs.
Cependant, Makoto ne s'était pas attendu à ce qu'Andreas Korbemynn lui proposât, s'il le désirait, à l'aider à se lancer à l'étranger. Makoto le regarda avec un sourire empreint de tristesse. Non, il ne pouvait pas quitter sa ville. Pas uniquement parce qu'il ne le désirait pas : il avait bien envie de voyager pour découvrir d'autres horizons, bien sûr, mais il se sentait choisi pour mener une lutte qui ne pouvait avoir lieu qu'à Pacydna. Comme s'il avait été investi d'une mission, parce qu'il était valide et surdoué. Une des raisons pouvait être que profiter d'un réseau lui déplaisait, et que se servir du nom de son père là où il était connu lui suffisait bien assez. Enfin, il pouvait aussi avoir une certaine réticence à quitter une ville qui se prêtait aussi bien à ses recherches.
« Effectivement, je n'ai jamais quitté l'enceinte de cette ville, avoua Makoto sans la moindre honte. Je n'en ai guère le temps, voyez-vous, et cela serait impossible tant que mon projet n'aura pas abouti. »
Ce qui lui laissait encore du temps, fort heureusement, lui permettant ainsi d'esquiver la question de M. Korbemynn avec une élégance qui ne lui était pas coutumière. Il termina rapidement son sandwich avant de commencer à éplucher sa pomme - l'idée d'en manger la peau, alors que celle-ci était bourrée de pesticides, ne lui disait rien. Relevant le regard vers le Danois, il lui demanda avec une franchise désarçonnante :
« Et vous, pourquoi êtes-vous ici ? »
C'était une question qui intéressait sincèrement Makoto. Pourquoi quitter sa terre natale si on s'y sentait bien ? L'attrait des affaires était-il une raison suffisante ? Andreas avait une femme, mais vivait-elle à Pacydna ou était-elle restée au Danemark ? Peut-être était-il présent parce qu'il n'avait pas d'autres choix, s'il voulait mener à bien ses ambitions. Makoto aussi partirait, si tel était le cas.
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De Andreas Korbemynn, vendeur d'idées Sam 19 Mar - 13:06
Andreas était soulagé d'avoir réussi à détourner la conversation : le terrain sur lequel ils avaient failli évoluer était bien trop dangereux à son goût. Depuis les premiers instants de leur rencontre, Andreas avait toujours attiré l'attention sur M. Nagasaki, l'avait placé au centre de la discussion et avait fait de lui le véritable héros de la journée. L'intéressé en avait-il seulement confiance ? Se rendait-il compte que la somme d'informations que chacun disposait sur l'autre faisait pencher la balance du côté d'Andreas ? Alors que l'homme d'affaires évitait scrupuleusement de parler de ses projets d'avenir, il interrogeait M. Nagasaki sur les siens. Cet échange inégal ne pouvait pas continuer longtemps ainsi.
Comme Andreas s'y attendait, M. Nagasaki déclina poliment son offre de lancement à l'internationale : il préférait se concentrer sur son propre projet, qui se déroulait intégralement à Pacydna. Bien que sa réponse laissait entendre qu'il pouvait peut-être partir une fois celui-ci terminé, Andreas préféra ne pas insister : il aurait mis le jeune homme mal à l'aise en lui donnant l'impression de le forcer à quitter sa ville natale. Il était pour l'instant satisfait de voir que M. Nagasaki ne rejetait pas totalement sa proposition. Dans quelques années, si leur collaboration fonctionnait bien, il serait toujours temps de revenir à cette question. M. Nagasaki aurait alors eu le temps de gagner en maturité et de comprendre les avantages que l'internationale lui offrait. Pour l'heure, Andreas se contenta de hocher la tête pour manifester sa compréhension.
Et comme s'était douté Andreas, le déséquilibre de leur échange commençait à devenir trop important. M. Nagasaki se sentait obligé de lui poser des questions un peu plus personnelles que l'homme d'affaires ne pouvait pas vraiment se permettre d'esquiver, à moins de perdre la confiance qu'il accumulait. Au demeurant, la question – la raison pour laquelle Andreas était ici – n'était pas inintéressante, mais elle était complexe. Andreas lui-même n'était pas certain de comprendre exactement ce qu'il faisait là, alors qu'en théorie, tout était très clair : il était venu pour retrouver sa mère, comprendre ce qui lui était arrivé, et aussi conquérir un nouveau marché. Mais cela n'expliquait pas pourquoi il n'était pas reparti.
Il était bien sûr hors de question de montrer ses doutes à quiconque. Mieux valait donc s'en tenir à ce qui était sûr :

« J'y suis venu avec l'intention d'y prolonger mon empire, expliqua Andreas avec douceur. Je domine déjà la plupart des marchés mondiaux, et celui de Pacydna est des plus originaux. Pour se réinventer, c'est l'idéal, n'est-ce pas ? Je pense que c'est un excellent moyen d'évoluer, et c'est cela que je recherche à travers mon travail. Devenir un homme meilleur. »

Heureusement, M. Nagasaki n'était pas moqueur : Andreas connaissait des quantités de personnes qui auraient trouvé cette phrase tout à fait hilarante. Pourtant, Andreas y croyait dur comme fer, même si cet objectif avait un sens différent pour lui. Il ne cherchait qu'à atteindre une plénitude professionnelle, supposant que cette réussite venait de ses qualités personnelles. Pas un instant Andreas n'avait fait mention de sa mère, jugeant l'information trop personnelle, et pourtant, cette omission lui pesait. Il se sentit donc obligé de rajouter :

« Et comme ma mère s'est installée à Pacydna il y a quelques années, j'avais une bonne raison de choisir ce lieu. »

Après quoi Andreas garda le silence, jugeant qu'il en avait assez dit et que sa tentative de rapprochement avait déjà suffisamment bien fonctionné. Toute question supplémentaire risquait d'inciter M. Nagasaki à lui demander de nouvelles informations personnelles, ce qu'il préférait éviter.
Le repas fut rapidement terminé, car il n'y avait pas beaucoup à manger. On sentait l'habitude de ceux qui s'arrêtent peu souvent pour se restaurer : ils n'y consacraient pas beaucoup de temps. Andreas organisa soigneusement son plateau et alla jeter ses déchets ainsi que ceux de M. Nagasaki à la poubelle la plus proche. Puis il revint avec un sourire rassurant :

« Je crois qu'il est temps de repartir. Est-ce que vous voulez vous arrêter quelque part avant que nous nous rendions à votre stand ? »


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De Makoto Nagasaki, humaniste Mar 22 Mar - 11:30
Pour Makoto, partir de chez soi était une décision difficile à prendre, et qui devait être soigneusement mesurer. Quitter le domicile familial, tout d'abord, n'était pas si évident que cela : à quel âge devait-on partir ? Devait-on le faire dès que l'on devenait majeur, ou dès que l'on avait fini ses études ? Certains travaillent déjà qu'ils sont encore chez leurs parents. Pour Maki, la décision n'a pas été facile. Il avait la chance d'avoir fini d'étudier bien plus vite que d'autres, mais il aurait pu rester chez son père et travailler à ses côtés. Il avait préféré vivre par lui-même, libre de mener à bien son propre projet. C'était sa décision, mais il avait mis du temps à la prendre. Il lui avait fallu comprendre que les objectifs que poursuivait son père étaient incompatibles avec ses propres aspirations. Au final, Makoto avait quitté le domicile familial parce qu'il quittait le laboratoire de son père. Il était temps pour lui de voler de ses propres ailes, sur le plan professionnel, et cela nécessitait donc d'avoir son propre logement. Il avait encore la chance d'appartenir à une famille où les questions financières pouvaient se résoudre assez facilement.
En tout cas, telle était la motivation de Makoto.
Mais quand il s'agissait de quitter l'endroit où l'on avait fait toute sa vie, qu'est-ce qui pouvait inciter à le faire ? Le pouvoir. Réponse élémentaire, presque clichée ; et pourtant, c'est bien ainsi que M. Korbemynn répondit. Oh, avec des mots plus jolis, des phrasés plus élégants ; mais le scientifique n'est pas idiot, et il est quand même capable de comprendre ce genre de choses. Il ne commentait pas, ne sourit pas. Bien sûr, Andreas Korbemynn est de ces hommes qui aspirent à dominer le monde (économique), il est donc normal qu'il voyage. C'est aussi élémentaire que cela. Makoto n'en était pas vraiment déçu, d'ailleurs : il se doutait bien que l'ambition devait dévorer le Danois. Il préféra ne réagir qu'à la mention de la mère d'Andreas Korbemynn, qui apparemment avait choisi Pacydna avant lui. Et elle, pourquoi avait-elle décidé de quitter sa terre natale ?
« C'est adorable, déclara Makoto, c'est presque comme si vous étiez destinés à venir ici. »
Sauf que Maki ne croyait pas au destin, il ne croyait qu'à la science et à ses possibilités d'améliorer le monde. Il pensait qu'à force d'efforts, il est possible de rendre le monde meilleur. De rendre l'homme meilleur - donc au final, peut-être rejoignait-il ce que disait Andreas, mais de façon détournée. M. Korbemynn désirait s'améliorer ; et lui pensait que l'humanité toute entière le devait.
Le reste du repas se termina en silence, même si ce dernier n'avait rien de pesant. Il était plutôt agréable, aux oreilles de Makoto ; une forme de calme lui permettant de collecter ses esprits avant son discours. Andreas Korbemynn lui proposa de se rendre ailleurs avant de retourner à son stand, mais le scientifique secoua négativement la tête.
« Non, je dois parler avec les employés qui m'aident à gérer mon stand, et ma pause est terminée. Les gens vont venir et je dois répondre aux questions. Vous pouvez cependant vous promener encore, si vous le désirez, nous nous rejoindrons plus tard. »
Telle était la responsabilité de celui qui tenait un stand au salon. Il pouvait se permettre une petite pause pour visiter les lieux, rencontrer de nouveaux partenaires, mais ensuite il devait tenir son rôle. C'était toujours un peu angoissant pour le jeune homme, très timide. Toutefois, il n'appréhendait plus totalement l'épreuve. Il aimait aussi voir la joie illuminer les visages, et l'espoir s'allumer dans les yeux des gens. Et cela n'était possible que lorsque l'on confrontait les autres.
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